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Il est allongé sur le lit, je suis assise dans le fauteuil, Eymen dort. Un grand silence règne dans la pièce, même dans la maison. Simay est sûrement en train de cuisiner, ma belle-mère est sortie avec Sibel. Le téléphone d'Enes qui sonne brise le silence, il se redresse difficilement, il a encore des courbatures, il répond puis il dit « J'arrive » sèchement. Il prend une veste, il dépose un baiser sur la tête d'Eymen, puis il sort sans m'adresser ne serait-ce qu'un regard.

Comment je me sens ? Je suis détruite... J'ai l'impression que ce mariage est de plus en plus dur à supporter, je ne sais pas comment je vais faire pour rester debout. Quelques larmes se mettent à couler sur mes joues... Je l'avoue, je pleure beaucoup ces derniers temps, mais c'est parce que je n'en peux plus. J'ai tellement ravalé mes larmes, maintenant je n'y arrive plus. On s'aimait... Et peut-être que je l'aime encore... Mais j'ai du mal à continuer. Pas alors que tout va si mal... La porte s'ouvre, c'est Enes, il est de retour, je ne pensais pas qu'il serait venu. Il voit comme les larmes coulent sur mes joues alors que je les essuie rapidement, il serre le téléphone dans sa main et il me regarde tristement. Il allait dire quelque chose, mais il renonce à l'idée de parler. Il part dans la salle de bain, il y reste, je ne sais pas ce qu'il fait, mais je n'ai pas la force d'aller le voir, surtout si c'est pour faire face à ses regards vides d'émotions.

Il y est depuis un moment maintenant. Je souffle et je me lève pour aller prendre un médicament pour les douleurs à la tête dans la salle de bain, je vois Enes qui s'est fait couler un bain. Pendant que je vis ma douleur, lui il se détend aussi bien qu'il peut. La vie est souvent très injuste... Il ne me lâche pas du regard, il fixe tout mes faits et gestes et il remarque que je prends une boîte de médicaments.

« - Tu as des douleurs ? Je hoche la tête. Tu veux bien me donner mon téléphone, s'il te plaît ? »

Je soupire intérieurement, je ne dis rien, je vais faire ce qu'il veut, je ne veux vraiment pas me disputer parce que j'ai vraiment mal à la tête. Je sors le téléphone de sa poche, quand je lui tends son téléphone, il m'attrape la main d'un coup pour me tirer dans l'eau avec lui. J'allais hurler par surprise, mais il met une main sur ma bouche. J'essaye de me relever pour sortir rapidement de l'eau, mais il me tient contre lui entre ses bras. Je le regarde d'un air étonné, lui il plonge son regard dans le mien, il dégage les mèches mouillées qui se sont collées à mon visage, il en profite pour me caresser la joue.

« - Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie. Je ne respire même pas sans toi, tu es mon oxygène. Je me demande même parfois comment une femme si parfaite peut vivre avec un homme comme moi. Je suis méchant, je m'énerve vite et ma colère me fait dire des horreurs. Mais tu es encore là, avec moi. Tu me rends heureux, mais moi, je te fais couler des larmes. Et je me hais lorsque je fais ça. J'ai envie d'attraper mon arme et de me tirer toutes les balles que j'ai dans la tête. Je détourne le regard mais il m'en empêche en tournant tendrement mon visage vers le sien. Tu es mon dernier souffle, Maria. Je ne suis rien sans toi. »

J'ai l'impression que le monde s'est arrêté. Rien n'a de l'importance à mes yeux pour l'instant, pas l'eau qui a débordé de la baignoire, ni les bruits qui viennent d'en bas, ou encore nos rythmes cardiaques qui battent à la même allure folle. Il attend une réponse de ma part, mais je ne sais pas quoi dire... Peut-être que parler est de trop pour cet instant précis, les mots seront lourds, ou alors ils ne porteront pas le sens que je souhaite. Lorsqu'il pose ses lèvres sur les miennes, je ressens plus de douleurs qu'autre chose, ça me détruit... Je me sépare lentement de lui.

« - Si cette vie ne te convient plus, si tout est compliqué avec moi, alors je ne veux pas te faire souffrir. Je plonge mon regard dans le sien. Je préfère qu'on se sépare l'un de l'autre, on trouvera un arrangement pour notre fils, mais je ne veux pas que tu souffres par ma faute.

CriminelOù les histoires vivent. Découvrez maintenant