XCVII

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Il y a trois corbillards qui se suivent, derrière le dernier corbillard, il y a le petit car dans lequel nous sommes tous. J'ai la tête posée contre l'épaule d'Enes, les larmes coulant à flot sur mon visage mais mon corps refusant de bouger. Je viens de laver le corps de ma nièce de mes propres mains, j'ai entouré son tout petit corps dans un drap aussi blanc, aussi propre qu'elle. Elle était toute petite... Ce n'était qu'un enfant... Ils ne lui ont même pas laissé la chance de vivre...

Tous vêtus de noir, les femmes avec un voile noir sur la tête, on est tous dans des cars. Il y a plein de car qui suivent les corbillards, ils étaient nombreux pour la prière à la mosquée. On est tous en Turquie. C'était le souhait de mon frère et ma belle sœur. Mais ils n'auraient jamais voulu qu'on enterre Assia si tôt... Jamais... Je sanglote à ces pensées, Enes ferme les yeux, il passe son bras dans mon dos et il laisse couler ses larmes en me tenant contre lui.

On descend des cars, Enes va porter la tombe d'Ahmet avec mon père, Emirhan et Mucho. Furki, Bilal, Omar et Samo portent la tombe de ma belle sœur. Mon beau-père, Veli, Bruno et oncle Demir portent la tombe de ma nièce. Hava me tient contre elle alors que j'ai du mal à avancer, je ne tiens pas debout, je suis vraiment à bout, je n'arrive plus à tenir le coup... Et c'est encore plus compliqué quand ils jettent de la terre sur les tombes. Je tombe sur mes genoux, je laisse couler mes larmes, ma mère vient à mes côtés, je la prends entre mes bras et on pleure ensemble.

« - Maman... C'est de ma faute... Elle secoue sa tête.

- Non, Maria... Tu l'as prévenu... Tu lui as dit de ne pas rentrer dans ce monde... C'est de la faute de ton père... Il a gâché la vie d'Ahmet pour de l'argent... Il le fait depuis que mon fils est un enfant... Et maintenant... Il n'est plus là...

- Maman... Je sanglote sans pouvoir m'en empêcher. Je ne peux pas vivre comme ça... »

On lit nos prières sur le tombe, même pour ça j'ai du mal, je n'arrive pas à bouger mes lèvres. C'est un cauchemar... Pourtant, c'est réel... Les gens commencent à partir, moi je m'approche de leur tombe, je regarde Assia qui est entre ses parents et je fonds en larmes. Je tombe entre mon frère et Assia, je m'allonge et je caresse la terre sur la tombe d'Assia en laissant couler mes larmes. J'ai tellement mal... Enes vient près de moi, il s'assoit en laissant couler ses larmes, ma mère vient elle aussi avec l'aide de ma belle-mère, elle va jusqu'à la tombe de mon frère pendant que Sibel va jusqu'à la tombe de Melissa. Mon beau-père vient me voir, il me relève et il enlève toute la terre que j'ai sur mon visage, il en profite pour essuyer mes larmes d'une main tremblante.

« - Maria, tu dois rester forte, sois forte pour Eymen.

- Papa... Assia est trop petite pour être ici... Il finit par pleurer lui aussi. Elle n'a fait du mal à personne...

- Viens...

- Je ne peux pas... Elle va avoir froid, elle va avoir peur ici...

- Elle n'aura pas peur... Sa voix se brise et il baisse la tête. Regarde, elle est entre sa mère et son père...

- Je ne peux pas laisser Ahmet et Melissa aussi... Comment je pourrais les laisser...? »

Mon beau-père ne tient pas le coup, il se lève et il va pleurer un peu plus loin. Enes vient me voir, il prend mon visage entre ses mains, il pose son front contre le mien en fermant les yeux et il laisse couler ses larmes silencieusement. Je n'arrive pas à faire couler silencieusement mes larmes... Je ne peux pas... Pas alors qu'ils ont détruit ma vie...

« - Viens, Maria, Eymen t'attend, il a besoin de toi. Ma mère vient à son tour.

- Ressaisis-toi, ma fille... Dit ma mère en pleurant. Sois forte pour Eymen...

CriminelOù les histoires vivent. Découvrez maintenant