Camille avait froid, mais pas que. Recroquevillée sous le jet d'eau brûlante de la douche, elle tâchait de calmer les tremblements qui s'étaient emparés de son corps. Elle savait qu'elle devait se lever et fuir loin d'ici. Elle n'était revenue à la résidence que pour prendre quelques affaires. Mais la familiarité de l'endroit avait eu raison d'elle. Elle avait atteint ses limites en voyant son visage zébré de sang dans le petit miroir de sa chambre. Aussitôt, elle s'était déshabillée frénétiquement pour se laver et se changer.
Elle avait encore tué un homme. Non ! Elle en avait tué plusieurs. Elle avait tué Lara aussi. Et elle avait aidé un « vampire » ?! Cette partie-là ne s'intégrait pas au reste et faisait vriller l'ensemble. Son esprit n'arrivait plus à s'accrocher à la moindre information. Il virevoltait à la recherche d'une réalité en mille morceaux. Allait-elle devenir folle ? Non. Bien sûr que non ! Tout ceci était déjà arrivé. Rien de plus. Rien de moins. La seule différence était qu'elle avait opéré à visage découvert, et que l'Ordre des Sethiens la retrouverait pour lui faire payer. Surtout si elle ne bougeait pas immédiatement.
Lentement, la jeune femme se redressa. Le sang sur son corps avait disparu depuis longtemps. Elle attrapa sa serviette et se sécha avant d'enfiler des vêtements propres. Elle avait choisi de mettre de nouveau une tenue avec laquelle elle pourrait combattre : pantalon large, col roulé et polaire, sous sa veste fourrée.
Elle savait que tout ça n'aurait de fin qu'avec sa disparition. Elle devait quitter Paris au plus vite. Peut-être même partir à l'étranger ? Elle ignorait quelles étaient les ressources de l'Ordre. Une chose était sûre, elle pouvait dire adieu à son diplôme. Alors qu'elle y était presque ! Elle n'aurait même pas sa première année ! Quelle chiasse !
Elle attrapa le sac à dos qu'elle avait préparé avant de se rendre aux douches. Le manche de la batte de base-ball en dépassait, prêt à être saisi en cas de besoin. Elle empoigna son push dagger et passa une tête en dehors des douches du second étage.
Elle savait qu'elle prenait un risque en revenant à la résidence. Elle avait minimisé les chances qu'on l'y trouve facilement en choisissant de se laver un étage en dessous du sien. Maintenant, il s'agissait de ressortir sans encombre. Là encore, elle avait une échappatoire non conventionnelle.
Camille se faufila, telle une ombre, jusqu'à la chambre tout au bout du couloir du second étage. Elle frappa deux coups brefs qui demeurèrent sans réponse. Elle sortit une clé de sa poche et l'introduisit dans la serrure qui s'ouvrit sans bruit. Un bref coup d'œil à l'intérieur lui confirma ce qu'elle savait déjà, la chambre était vide. Elle s'y faufila et referma derrière elle. Adossée au battant, elle fixait la clé dans sa main.
Mériem, une étudiante avec qui elle avait sympathisé autour d'un plat de nouilles trop cuites en début d'année scolaire, lui avait donné sa clé pour les vacances de Noël. Il fallait arroser son unique plante. Camille jeta un œil à la fougère rabougrie qui témoignait de l'absence prolongée de sa propriétaire. Meriem n'était pas encore revenue. Nous étions en mars.
Quand, Camille avait fait part de son inquiétude au concierge de la résidence début février, il avait été évasif et l'avait renvoyée à ses propres affaires. Une pensée traversa brusquement l'esprit de Camille. Est-ce que Meriem faisait aussi partie du plan des séthiens ? Bon sang, il fallait qu'elle parte. Elle était vraiment en train de virer parano à cause de toutes leurs conneries !
Elle ouvrit la fenêtre en grand et observa l'extérieur juste un instant, avant de se hisser sur le rebord et d'enjamber le montant. Une fois dans cette position, elle se rapprocha du côté gauche pour attraper la gouttière qui descendait jusqu'au muret séparant plusieurs jardins privatifs. C'est à ce moment précis, alors qu'elle était suspendue dans le vide, qu'il se mit à neiger sur Paris.
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De notre sang
ParanormalCamille est un être double. Par son prénom et son physique, elle brouille les pistes. Elle cache un lourd secret qui l'a forcée à être ce qu'elle est : indépendante et méfiante à l'excès. Sa rencontre avec un inconnu, aussi énervant qu'inquiétant, l...
