81 / Puissante

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Ils étaient six. Six Znūntāks occupés à boire un café dans le salon d'une vaste villa perchée au bord d'une falaise. Une villa parfaitement dissimulée par la végétation environnante. Du ciel, elle était invisible. Aucune route n'y menait. Pourtant, elle était bien là. Camille songea que quelqu'un avait bien dû la construire et qu'elle n'était donc pas aussi invisible que ça. La jeune femme ne comprenait pas comment cette communauté avait pu échapper à la vague d'attaque des Dévoreurs.

Une femme, plutôt petite avec un visage hiératique encadré de cheveux bouclés aussi noirs qu'une nuit sans étoile, s'avança vers Dresden dès qu'ils furent entrés. Ses yeux pers faisaient germer une sorte de malaise chez qui la fixait trop longtemps. Camille préféra se concentrer sur ceux qui, maintenant, l'environnaient de loin ou de près. Elle évaluait le danger, les possibilités de fuite et les risques. Son corps se tendit devant tant d'inconnus dont elle ignorait les capacités et les intentions. Elle se préparait au pire, en se demandant si elle parviendrait un jour à être sereine.

— Je me nomme Tahari et je suis la responsable de la communauté qui réside sur l'île. Je te souhaite la bienvenue, dit la femme aux yeux pers en tendant sa main vers Camille.

— Et moi, je suis son bras droit, dit une voix sur la gauche.

Camille eut la surprise de voir Tane tout sourire, appuyé au chambranle d'une porte, qui la toisait, bras croisés sur la poitrine.

— Tu as réussi à sortir...

— Pas exactement.

— Disons qu'il n'est jamais entré, dit Dresden en acceptant une tasse de café tendue par un homme au bras bandé.

— Pardon ? s'exclama Camille en se tournant vers lui.

Au lieu de s'expliquer, Tane fit apparaître un double de lui-même près de Camille, qui ne put réprimer un sursaut de surprise, avant de tendre la main lentement pour toucher le torse de cette copie parfaite et troublante du Znūntāk.

— Tu devrais la surveiller mieux que ça Dres, sinon, je ne garantis rien concernant mon comportement. Sa peau est douce, lança Tane en rigolant, son double l'imitant en tout point.

— Donc, tu sens ce que l'on fait à ton clone, murmura Camille pour elle-même, avant de lui envoyer un coup de poing bien senti dans l'abdomen. Les deux Tane se plièrent en deux de surprise.

— C'était pour vérifier, dit Camille en penchant la tête de côté avec un petit sourire ironique.

— OK. Je l'ai cherché ce coup-là... mais n'imagine même pas pouvoir réellement me blesser, dit alors le clone en se redressant.

Sa physionomie avait changé. Le visage amical avait laissé place à un air dur et froid. Il fixait Camille avec une telle intensité qu'elle sentit un frisson remonter le long de son dos. La terre à ses pieds se mit à frémir, et la jeune femme sourit.

Tahari intervint aussitôt. Pas question de laisser ces deux-là se battre l'un contre l'autre. Elle avait besoin de Tane en pleine possession de ses moyens. Surtout maintenant que les Dévoreurs se montraient si agressifs après des années de calme relatif. Et puis, Camille avait un certain nombre de choses à comprendre. Notamment qu'on n'éveillait pas la terre impunément sur cette île. Il pouvait y avoir des conséquences désastreuses.

— Ça suffit, vous deux ! Nous ne sommes pas là pour savoir qui pisse le plus loin ! Tane ! Il me semble que tu as mieux à faire ! Et vous, Mlle Dorville, veuillez calmer votre élément ! Il y a des volcans ici !

Le double de Tane disparut avant que le Znūntāk n'affiche de nouveau un sourire. Puis, il se détourna en faisant un petit salut de la main. Camille, elle, avait serré les poings, mais n'avait rien répliqué, mettant en sourdine son don.

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