Chapitre 38

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 Le chemin rétrécit considérablement au point que le petit groupe dû poursuivre à la queue-leu-leu. Le sentier débouchait à découvert sur un défilé longeant la paroi abrupte de la montagne. D'un côté, il y avait la roche, et de l'autre, le vide. Une pente mortelle dévalant le flanc lacéré d'arbustes décédés depuis des années et de corniche trop étroite pour un seul pied. Il faisait nuit noir, pour ne pas arranger les choses. Le quart de lune et le clignotement des étoiles n'offraient qu'une maigre luminosité. Mais cette route coupait à travers la montagne et leur faisait gagner un gain de temps considérable.

 Thomas posa la fille à terre et la secoua délicatement pour la réveiller.

Rhys, tu te sens capable de traverser toute seule ? Rhys. Rhys !

 Elle émergea péniblement et grogna quand la douleur s'empressa de la mordre partout sur son corps.

 Thomas considéra le chemin escarpé. Il ne pouvait pas la portée sur le dos ; son poids l'entrainerait dans les bas-fonds du précipices. Seulement, c'était la seule route possible pour traverser la montagne. Mais avait-elle assez de forces pour marcher toute seule ? Même en se tordant le cou, il ne parvenait pas à distinguer l'autre bout du sentier. Il pria pour qu'elle tienne suffisamment longtemps.

 Les blocards les contournaient pour s'engager sur le défilé. Quand Minho le dépassa, Thomas le retint d'une traction sur la manche.

Passe devant et reste près d'elle. Je serai juste derrière.

 Il n'était pas sûr qu'encadrer la fille la protégerait d'une chute, mais il valait mieux ça que rien.

 Le maton des coureurs approuva l'idée et se mit à longer la paroi rocheuse. Les jambes flageolantes, Rhys le succéda, précédée de Thomas.

 Elle se concentra pour mobiliser toutes son énergie sur la traversée. De temps en temps, son regard tombait vers le précipice. Juste de quoi la motiver à s'agripper aux corniches du mur. Elle pensait aux griffeurs, à cette petite fille au visage innocent et sa peluche en forme de carotte. À son avertissement, surtout. Pourquoi les griffeurs ne devaient pas entrer dans la salle 312 ? Cette interdiction la titillait. À présent, elle voulait savoir ce que cette porte recelait.

 Rhys se colla un peu plus à la paroi, mettant un pied devant l'autre, les sens en alerte, brouillé par le vertige que produisait ses douleurs constantes.

 À un moment, après le passage d'une dizaine de personne, le sentier s'effrita. Un petit morceau du chemin, d'à peine quelques centimètres, se décrocha et dévala la falaise.

 Il ne restait de place plus que pour un pied. Minho, qui était passé de justesse, se tourna vers Rhys et lui tendit sa main. Elle considéra sa paume pour finalement refuser son aide. Si elle tombait, elle ne souhaitait pas entrainer quelqu'un d'autre dans sa chute.

 Rhys posa un pied sur l'étroite surface et continua son ascension. Elle avait réussi à garder l'équilibre. Mais sa joie fut de courte durée.

 Le faible repas qu'elle avait avalé le matin tourna dans son estomac à la vitesse d'une machine à laver. Du moins, c'était ce qu'elle ressentait. Elle tomba à genoux, une main sur le ventre.

 Un brouillard sombre emmêla son cerveau.

 Non. Ce n'était pas le moment de s'évanouir.

 Peut-être que si elle vomissait, la douleur s'en irait ? Elle avait l'impression qu'une chose putride avait trop fermenté à l'intérieur de son corps.

 Devant et derrière elle, Minho et Thomas la dévisageait avec inquiétude.

 Et puis cette chaleur suffocante ne faisait qu'amplifier cette étrange sensation de tournis et de trop plein qui l'engourdissait.

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