Chapitre III (4/5)

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À son réveil Clémentine se sentait un peu mieux et surtout plus détendue. Elle se leva en douceur, s'étira avant de s'habiller rapidement pour aller promener Jack. Il était déjà onze heures passées et son compagnon commençait à s'impatienter. La jeune femme emmena son adorable chien faire un long tour en forêt à un quart d'heure en voiture de la petite ville où elle vivait. Sur le chemin elle passa prendre un thé noir à la bergamote et une pâtisserie en guise de petit déjeuner qu'elle dégusta tandis que Jack courrait au milieu des bois. Ils marchèrent un long moment, jusqu'à arriver dans un grand espace dénué d'arbres où ils s'installèrent pour se reposer. Clémentine rentra à l'appartement vers treize heures. Elle y retrouva son téléphone portable saturé de messages de ses amis et des autres commerçants avec qui elle avait tissé des liens qui demandaient de ses nouvelles. Elle jeta un regard mauvais aux messages des filles avant de répondre rapidement aux autres commerçants que tout allait bien et qu'elle et sa « bonne humeur » – comme ils disaient si bien – seraient bientôt de retour dans les rues de la ville. Après cela elle mit son portable sur mode avion et décida qu'elle ne le rallumerait qu'à la fin du week-end. Ceux qui voulaient vraiment la joindre appelleraient sur son téléphone fixe auquel cas elle décrocherait peut-être, selon son bon vouloir. La jeune femme souhaitait s'isoler un peu pour faire le point sur la situation.

Elle passa la journée dans le canapé à s'abrutir devant des séries idiotes qui lui firent le plus grand bien. Elle évitait de penser à ce qu'elle avait vu la veille au soir, à son don qui avait disparu, à la déception de Nicole après la lecture du dernier livre qu'elle lui avait conseillé... La jeune femme se concentrait sur Jack et sur son propre bien-être. Elle devait réussir à dénouer les nœud qui s'étaient formés dans son estomac et sa gorge l'empêchant d'avaler quoi que ce soit de solide. En dehors du pain aux raisins de ce matin elle n'avait rien mangé, son corps refusant de coopérer. Dans la soirée elle tenta de faire une petite séance de méditation pour se vider l'esprit, ce qui fonctionna plutôt bien d'ailleurs. Clémentine se répétait aussi en boucle « je m'en fous, je m'en fous, je m'en fous » pour faire croire à son esprit que tout allait bien, que ces événements ne l'atteignaient pas. Elle continua de faire cela alors qu'elle promenait Jack dans les rues du centre, espérant ne croiser personne, en vain. La jeune femme croisa bien évidemment un bon nombre de ses clients et répondit aux questions les moins indiscrètes poliment et éluda les autres, prétextant devoir rentrer pour s'occuper de sa mère malade. « Excuse moi maman » pensa-t-elle très fort chaque fois qu'elle réitérait l'excuse mais elle n'avait pas trouvé mieux. Le pire c'est qu'ils étaient tous très compatissant et souhaitaient à sa mère un prompt rétablissement.

Clémentine s'en voulait un peu de leur mentir mais elle ne pouvait décemment pas leur dire la vérité, il fallait donc qu'elle s'entende avec sa bonne conscience. Après avoir croisé une bonne dizaine de clients - c'est fou le monde qu'il pouvait y avoir dans les rues du centre un vendredi soir - la jeune femme rentra rapidement chez elle, évitant de croiser le regard des passants qu'elle rencontrait sur son chemin. Une fois de retour dans le cocon chaleureux qu'incarnait son appartement elle servit les croquettes de Jack avant d'aller prendre sa douche. Elle se remit ensuite en pyjama, un vêtement qu'elle avait gardé sur elle toute la journée, se changeant simplement pour les deux promenades de son compagnon. Tandis que Jack somnolait tranquillement dans son tapis, elle se prépara un petit repas sur le pouce qu'elle dégusta devant une bonne série. Sa soirée se déroula bien mieux que la veille, son portable était toujours sur le mode avion. Elle avait simplement eu ses parents au téléphone plus tôt dans la journée mais en dehors de cela et de sa sortie en ville elle restait un peu coupée du monde, pour son plus grand bien. La jeune femme se sentait un peu plus en forme après avoir avalé quelque chose mais pas encore assez pouvoir dire qu'elle se sentait bien. Ce soir là elle décida de se coucher tôt par précaution, il ne faudrait pas qu'elle soit encore plus fatiguée quand elle reviendrait à la librairie lundi.

Elle passa son samedi et son dimanche matin avachie dans le canapé presque réduite à un état végétatif. Elle n'avait eu de nouvelles que de son amie Natacha qui gérait la boutique située en face de la sienne. Elle lui avait donné des nouvelles concernant les livraisons prévues le samedi matin qu'elle avait réceptionné. Elle lui indiqua aussi avoir reçu quelques mots de la part de clients à qui elle manquait. Cela fit réellement chaud au cœur à la jeune fille qui doutait sans cesse d'elle et de ce qu'elle apportait aux autres.Ses prétendues amies quant à elles n'avaient pas chercher à la joindre, du moins pas sur son téléphone fixe. Pour le reste elle n'en savait rien puisqu'elle avait décidé de ne pas rallumer son portable avant le lendemain matin.

Mais alors qu'elle végétait devant un épisode de Brooklyn 99 on sonna à sa porte. Non pas à l'interphone du hall d'entrée mais à la porte de son appartement. Qui avait bien pu monter jusque chez elle sans qu'elle n'aie du ouvrir la première porte en bas ? Seul quelques personnes connaissaient le code d'entrée de l'immeuble mais généralement elles s'annonçaient toujours avant de monter. Sans transition la personne qui statuait derrière sa porte passa des coups de sonnettes aux coups portés directement sur la porte. Elle tambourinait si fortement que Jack sursauta et se mit à aboyer comme un fou, lui qui était toujours très calme d'ordinaire. Clem pesta intérieurement contre celui ou celle qui venait troubler son havre de paix mais se leva tout de même pour faire cesser les coups portés à sa porte. Avant d'ouvrir elle regarda néanmoins par le judas et fut surprise de découvrir une Justine à l'air totalement paniquée sur son palier.

-Je peux savoir ce que tu fais là ? Demanda la jeune femme sur un ton pas du tout engageant tout en ouvrant sa porte

-Tu te fous de ma gueule ? Te te fous de ma gueule ! Ça fait DEUX JOURS que tu n'es pas venue bosser à la librairie, tu ne réponds pas aux messages et on tombe directement sur ta messagerie quand on cherche à te joindre sur ton portable. Et tu oses me demander ce que je fais là ? Non mais t'es tombée sur la tête ou quoi ? Personne n'a de nouvelles de toi depuis trois jours et t'as le culot de me sortir un truc pareil ? Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi Clémentine ?!

La jeune libraire resta interdite pendant quelque seconde, la bouche à demi-ouverte prête à répliquer mais aucun son n'en sortait. Les larmes lui montèrent rapidement aux yeux quand elle se souvint de ce qui avait provoqué son isolement du monde extérieur. Elle jeta alors un regard noir à sa meilleure amie et cracha le morceau.

-Je vous ai vu. Je vous ai vu jeudi soir toi et les filles attablées au Quartier Général en train de discuter et de rire tranquillement sans moi. Mais en fait c'est même pas ça le soucis, c'est que j'ai aussi vu qu'elles te demandaient de ne pas me répondre quand je t'ai appelé. Tu ne sais même pas dans quel état ça m'a mise de voir ça. J'étais totalement brisée et tu me connais assez pour savoir que je n'en rajoute pas. Alors je suis rentrée, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps et je n'ai pas réussi à m'endormir avant six heures du matin. Vu l'état dans lequel j'étais c'était impossible que j'aille bosser et j'ai décidé de prendre deux jours pour moi sur un coup de tête pour me remettre les idées en place. Je n'ai pas répondu parce que je n'avais aucune envie de vous parler après ce que j'avais vu, je ne voulais parler à personne d'ailleurs. Voilà ce qui me passe par la tête. J'ai vu mes trois meilleures amies ensemble, sans moi, sans avoir été prévenue que vous deviez vous voir alors que c'est quelque chose qu'on fait toujours. Tu sais très bien que je n'ai aucune confiance en moi, et que je doute toujours d'être une bonne personne, une bonne amie, j'ai toujours peur que tu trouves quelqu'un de meilleure que moi... Quand j'ai vu que vous m'ignoriez consciemment j'ai totalement perdu les pédales.

Clémentine avait débité tout cela d'une seule traite et se tenait maintenant face à une Justine blanche comme un linge.

-Mais enfin tu n'y es pas du tout Clémentine ohlala tu as tout compris de travers. Allons plutôt nous asseoir que je t'explique la situation.

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