Chapitre V (3/6)

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Après avoir dévoré l'ensemble de ce qui se trouvait sur la table tout en regardant une bonne vieille comédie romantique, la jeune femme se blottit contre son cousin pour profiter de la chaleur qui se dégageait de son corps et savoura l'instant présent. Sans bouger d'un seul centimètre ils finirent de regarder leur film, manifestant de temps à autre leur bonheur commun de se retrouver comme au bon vieux temps par une légère caresse sur le bras. Maxime avait toujours manifesté son affection à Clémentine de façon discrète, n'étant pas d'un naturel tactile ou expansif. Mais quand il était d'humeur affectueuse - comme aujourd'hui - il ne lésinait pas sur les câlins.

Quand le générique de fin s'afficha à l'écran ils ne bougèrent pas tout de suite, par flemme mais surtout pour ne pas faire éclater la bulle calme et dénuée de tout problèmes qu'ils venaient juste de se construire. Malheureusement la réalité les rattrapa bien vite quand Clem reçue un coup de fil d'un fournisseur de la librairie pour un soucis de commande. Tandis que la jeune femme allait s'enfermer dans son bureau pour régler ce problème, Max s'employa à débarrasser les assiettes et à ranger la cuisine. Une heure et demi plus tard Clémentine émergeait enfin de son bureau, totalement lessivée et à cran. Elle soupira et se laissa tomber lourdement dans son canapé, le regard dans le vague.
-Y a vraiment des gens qui bossent le dimanche chez les livreurs ?
-Visiblement ..
-Ils sont culottés quand même de t'appeler comme ça en pleine après midi
-Cherche pas. Ils s'en foutent. Mais bon dans un sens heureusement qu'ils m'ont prévenus qu'ils allaient avoir du retard sur leurs livraisons de la semaine, ça me laisse un peu de temps pour calculer l'impact que ça va avoir. Je n'attendais pas grand chose cette semaine, heureusement, en dehors de quelques offices de dernière minute pour Halloween et du réassort mais il y avait aussi des commandes pour les clients et c'est surtout ça qui m'embête. J'ai horreur de ne pas respecter les délais que je donne.

Sur ces mots elle passa une main sur son visage d'un air las. Une nouvelle migraine menaçait de lui vriller le crâne à tout moment et elle savait qu'elle n'y survivrait pas. La jeune femme commençait doucement mais sûrement à faire une crise de panique et le brouhaha qui régnait à présent dans son esprit n'arrangeait rien. Maxime, voyant l'état de détresse dans lequel se trouvait sa cousine vint s'asseoir près d'elle pour la prendre dans ses bras et la bercer doucement contre lui afin de calmer la crise naissante. Très vite il sentît son t-shirt devenir humide à l'endroit où la jeune femme appuyait son visage. Elle pleurait à chaudes larmes sans parvenir à se contrôler.
-Eh c'est rien mon chat, c'est des choses qui arrivent d'avoir un peu de retard dans ses livraisons. Tes clients ne vont pas t'en vouloir j'en suis sûr.
-C'est pas ça, enfin si mais là c'est juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase, elle reprit son souffle sa voix était saccadée à cause des pleurs, j'en peux plus Max. Je craque c'est trop dur.
-Qu'est ce que tu racontes ?
-Je croyais que j'allais pouvoir gérer la librairie, le don tout ça mais j'y arrive plus. Je suis épuisée, à bout de forces, je dors super mal, je passe mon temps à faire des cauchemars et j'arrive pas à faire taire ces putains de voix dans ma tête. Je voudrais juste les mettre sur pause le soir quand je rentre à la maison tu vois, mais je peux pas. Je deviens folle Maxime, j'en viens à avoir envie de me foutre en l'air parfois tellement je n'en peux plus. Au début j'étais tellement heureuse de pouvoir faire plaisir à mes clients grâce à ce don extra-ordinaire mais plus le temps passe plus ce don se transforme en véritable malédiction, c'est un cadeau empoisonné. Je n'en peux plus d'entendre ces voix jours et nuits, je suis tellement fatiguée. Ma vie est une migraine perpétuelle, ça ne s'arrête jamais Max. Je sais que je me répète mais je voudrais juste pouvoir figer le temps l'espace d'un instant juste pour pouvoir souffler. J'ai besoin d'une pause, la jeune femme sanglotait et les mots sortaient difficilement, avoir embauché Grégoire va sûrement m'ôter une épine du pied à la boutique mais ça ne m'aidera pas à résoudre mes problèmes personnels liés à ce fichu don.
-Eh... Mais pourquoi tu ne m'as jamais dis tout ça ?
-Qu'Est ce que tu aurais fait ? Tu étais à l'autre bout du monde je ne vois pas bien à quoi ça nous aurait mené d'en parler.
-Plutôt que de tout garder enfoui en toi comme tu l'as fais jusqu'à l'explosion tu aurais pu partager un peu du poids de ton fardeau. Je sais qu'il n'y a qu'avec moi que tu peux parler de tout ça, j'aurai pu essayer de te conseiller, te rassurer... Je suis désolé d'être parti comme ça Clem. Je ne supporte pas que tu te mettes dans des états pareils, ça me brise le coeur de te voir comme ça.
-Je ne sais pas si dans tous les cas ça aurai changé quelque chose de te raconter ça mais bon, j'y penserai la prochaine fois que ça n'ira pas.
-La prochaine fois que ça n'ira pas je serais là, je ne te lâche plus c'est promis.

Le jeune homme resserra son étreinte autour de la libraire qui parvenait tout juste à calmer sa crise d'angoisse. Ils restèrent comme ça un long moment, le temps que Clémentine s'apaise totalement et se détache petit à petit de son cousin. Elle s'en voulait d'avoir craqué comme ça devant lui mais au fond elle savait que ça finirait par arriver, il fallait que ça sorte. Il avait raison, elle se sentait un peu mieux après lui avoir dit - ou plutôt déballé - tout ça même si au final les choses restaient les mêmes.
-Ça va aller Clem, on va trouver une solution pour que ton don reste ... eh bien un don.
-Nanou est décédée et ne m'a jamais vraiment apprit comment manipuler mes facultés à mon avantage et je doute qu'on trouve des tutos pour le faire sur internet alors je ne sais pas comment tu comptes t'y prendre
-Arrête d'être aussi négative c'est fatigant à la fin ! On trouvera une solution peu importe ce que je dois faire pour que ça arrive. Et puis rappelle-toi que Grégoire est comme toi, voir encore plus « puissant » il a sans doute dû trouver un moyen de faire taire ses voix. Peut-être que c'est lui la clé du problème finalement.
-Alors c'est vraiment vrai ? Lui aussi il a don ? T'en es absolument certain Max ?
-On ne peut plus certain. Je l'ai vu à l'œuvre avec les filles et je suis sûr que toi aussi dans ton fort intérieur tu le sais, je me trompe ?
-Je pense que je m'en doutais un peu, il faudra que je te raconte quelque chose à ce propos d'ailleurs, mais je n'ai jamais voulu me l'avouer. J'espère qu'il pourra nous fournir la solution au problème alors, mais pour ça il va falloir que je lui dise qui je suis et surtout que je lui dise que je sais qui il est. Enfin, que je suis au courant pour le don.
-Tu le fera quand tu sentiras que c'es le moment. Tout va bien se passer j'ai confiance en tout Clem.
-Merci Maxime, merci pour tout vraiment.

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