Chapitre VI (1/5)

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-Clémentine ouhouh t'es avec nous ?

La jeune femme fut sortie de sa torpeur par Jeanne qui agitait sa main devant son visage. Elle se concentra pour reprendre ses esprits.
-Oui excuse moi je pensais à autre chose.
-On avait remarqué oui, tout va bien ?
-Oui oui ne t'inquiète pas, juste un petit truc qui me prend la tête, ce n'est rien.
-Bon. Dans ce cas je vous propose d'entrer pour terminer de régler tous les détails du contrat.

Lorsqu'ils s'assirent tous les trois dans le bureau la jeune libraire remarqua que Grégoire la regardait du coin de l'œil en essayant d'attirer discrètement son attention. Elle baissa la tête en rougissant alors qu'il lui faisait un petit sourire timide. Elle n'était pas sereine et se sentait comme une bombe à retardement qui pouvait exploser à tout moment. Laissant à Jeanne le soin d'expliquer à sa nouvelle recrue tout ce qu'il y avait à savoir sur son contrat de travail elle se plongea à nouveau dans ses pensées, cherchant à savoir par quel miracle le contact physique qu'elle venait d'avoir avec Grégoire ne lui avait provoqué aucun malaise contrairement aux précédents. Son don était toujours bien présent, les voix qui lui vrillaient le crâne le confirmaient et elle ne sentait aucun vertige qui présageaient un malaise imminent. À moins que cela n'intervienne que plus tard ... Comment savoir ? Cette situation la rendait dingue, si maintenant elle devait attendre une heure ou deux avant de tomber dans les pommes et perdre à nouveau son don elle n'allait jamais s'en sortir. Sans s'en rendre compte la jeune femme soupira bruyamment et vu - encore une fois - ramenée à la réalité par Jeanne qui la regardait l'air inquiet. Elle se sentie devenir instantanément écarlate et bredouilla quelques excuses en se redressant sur son siège comme une adolescente prise en faute. Il fallait vraiment qu'elle se ressaisisse.

-Ne t'excuse pas Clem, je comprends que tu aies d'autres choses à penser. Tu es certaine que tout va bien hein ? Tu peux y aller si jamais tu as d'autres impératifs à régler tu sais. On a presque terminé de toute manière !
Sa compréhension fit chaud au cœur à la jeune libraire qui se sentait tout de même coupable de se laisser distraire de la sorte. Elle secoua alors la tête pour lui signifier que tout allait bien et lui fit signe de reprendre sa discussion avec Grégoire.

Elle se concentra alors pour écouter son amie finir d'exposer ce en quoi allait consister le nouveau travail à temps plein du jeune homme et une fois que tous les termes du contrat furent poser à plat, il lui transmit les papiers dont la comptable avait besoin pour finaliser la préparation du contrat papier. Ils reprirent ensuite rendez-vous en fin de semaine pour la signature et il fut l'heure d'aller manger un repas rapide avant de reprendre le travail. Jeanne raccompagna les deux libraires jusque dans la rue où ils se séparèrent. Clémentine se retrouva seule avec un Grégoire tout penaud en face d'elle. Poussée par un élan de bonté soudain elle se retrouva à l'inviter à déjeuner avant qu'elle ne reprenne le travail. Le jeune homme, plus qu'étonné de cette proposition, accepta avec plaisir et ils se dirigèrent vers la boulangerie la plus proche pour aller y déguster une part de quiche et un muffin au chocolat. Ils prirent même le temps de discuter un petit peu de choses et d'autres pour le plus grand plaisir du futur libraire qui aimait la facette de Clémentine qu'il était en train de découvrir.

« Elle s'ouvre finalement à moi » pensa-t-il agréablement surpris alors qu'elle lui parlait de certains clients un peu particuliers et très pointilleux en riant de bon cœur. Grégoire se demandait bien qu'elle mouche avait pu la piquer pour qu'elle change radicalement d'attitude à son égard mais décida de ne pas trop s'attarder là dessus, préférant profiter de l'instant. Lui même se sentait léger et n'avait pas peur de commettre une bourde comme ça avait pu être la cas lors de leurs précédentes conversations. Sa timidité était toujours présente mais elle ne le poussait plus à agir n'importe comment envers celle qui allait devenir sa patronne et il en était ravi. Pourtant quarante cinq minutes auparavant il n'aurait jamais pensé qu'ils auraient pu se retrouver seuls à seuls pour partager un repas vu la réaction qu'elle avait eu quand il s'était approché d'elle pour lui dire bonjour. Leurs mains s'étaient effleurées et à partir de ce moment là elle c'était mise à paniquer. Pour une raison qui lui échappait encore - mais plus pour longtemps il l'espérait - elle semblait vouloir éviter tout contact physique entre eux et il semblait avoir franchit une barrière importante en laissant leurs deux corps se toucher l'espace d'une seconde et demi. Il nota mentalement de lui présenter ses excuses à la fin du repas, il ne voulait surtout pas la brusquer et il prenait conscience que parfois il pouvait être un peu trop pressant ou insistant quand il avait du mal à contrôler la situation. Il fallait qu'il lâche prise tout doucement et qu'il accepte que se soit elle qui mène la danse pour que leur relation évolue positivement et sans incident. Bizarrement il se sentait apaisé à son contact, lui qui d'habitude ne tenait pas en place avait envie de se poser tranquillement pour savourer l'instant qui leur était offert. C'est bien la première fois que ça lui arrivait, surtout vis à vis de Clémentine qui le déstabilisait plus qu'elle ne le calmait.

Il se surprit même à sourire comme un imbécile quand elle se mit à rire en évoquant un de ses souvenirs favoris à la boutique, « mon dieu qu'elle est jolie quand elle rit » se dit-il en se sentant rougir instantanément.
-Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai dit quelque chose de mal ?
-Non du tout j'adore que tu me racontes tout ça, j'ai déjà hâte de commencer à travailler pour me faire mes propres anecdotes
-On verra si tu es toujours de cet avis lundi prochain !
Elle lui fit un clin d'œil qui eut pour effet d'accélérer les battements de son cœur avant de se lever
-Eh bien ce n'est pas que je m'ennuie avec toi mais il faut que je retourne m'occuper de la librairie. On se voit vendredi pour signer ton contrat de toute façon.
-Tu as besoin que je reste pour t'aider à déballer tes livraisons du jour ?
-C'est adorable de proposer mais je vais devoir refuser, tu n'es pas encore déclaré comme étant mon salarié et puis je refuse de te faire travailler sans que tu perçoives un salaire. Il faudra prendre ton mal en patience jusqu'à lundi.
-Ça va être difficile ! J'ai vraiment hâte de commencer à travailler avec toi.

Il sentit le rouge lui monter aux joues lorsqu'il prononça ces mots mais se détendit quand il remarqua que Clémentine avait eu la même réaction que lui. Alors qu'ils sortaient toujours en se taquinant sur l'impatience dont il faisait preuve, il en profita pour s'excuser pour toutes les fois où il s'était montré un peu trop « tactile » à son encontre. La jeune femme ne masqua pas son étonnement quand il lui présenta ses excuses et dissipa tout malaise entre eux.
-Ne t'excuse pas ce n'est rien, je suis quelqu'un de très timide de prime abord et j'ai tendance à éviter tout contact quand je ne connais pas encore très bien la personne j'aurais du te prévenir ça nous aurait éviter quelques couacs.
-Je prends note alors, j'attendrais que tu te sentes suffisamment en confiance pour qu'on passe le cap de la bise ou de la poignée de main pour se saluer.
Il lui fit un clin d'œil avant de s'éclipser et elle sentit son cœur s'emballer. Mais quel mouche la piquait ?!

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