Clémentine décida de rester planqué dans le fond de la boutique pour la dernière heure qui la séparait de sa pause déjeuner tant attendu tandis que Grégoire vaquait à ses occupations dans le magasin. Il n'y avait décidément pas foule ce matin, sans doute la faute à la pluie fine qui s'était mise à tomber quelques temps auparavant, dissuadant les potentiels clients de sortir de chez eux pour venir faire un tour en centre ville. La jeune libraire s'occupa alors de faire un peu de ménage dans ses rayons avant de terminer sa lecture en cours. Il ne lui restait plus que quelques dizaines de pages à dévorer quand Grégoire la coupa pour lui indiquer qu'il était l'heure d'aller déjeuner. Le grand sourire qu'il lui adressa lui fit cette fois-ci plus de mal que de bien, elle ne savait plus sur quel pied danser et se retrouvait finalement totalement perdue. Voilà pourquoi elle ne voulait pas mêler amour et travail. Mais son coeur en avait décidé autrement et elle allait à nouveau se retrouver à souffrir. Et pourtant elle n'avait aucune envie de se séparer de son nouveau collègue, il avait toutes les qualités requises pour être un bon libraire et ça n'avait beau faire que deux semaines qu'il était avec elle, elle ne pouvait déjà plus se passer de ses services. Sans parler de leurs échanges... Comment allait-elle faire avec ça ? Elle n'avait aucune envie d'arrêter leurs chamailleries par messages interposés, non même leur espèce de flirt... Pourtant elle devait bien se faire une raison, ça ne semblait n'être qu'un jeu pour lui. Cette pensée lui fit un peu plus mal au coeur mais elle se devait de faire bonne figure. Elle ne devait pas le laisser l'atteindre. Pas pour des broutilles aussi futiles. Ce n'était qu'un simple coup de coeur qui partirait aussi vite qu'il était venu. Il le fallait.
Sans un mot elle se contenta de baisser le rideau de fer avant de rejoindre la réserve ou son collègue était déjà en train d'enfiler son manteau. Elle fit de même, toujours sans rien dire et ils sortirent de la boutique pour rejoindre l'appartement sous la pluie. Grégoire était déstabilisé par le soudain silence de sa collègue et espérait sincèrement ne pas en être la cause bien qu'une petite voix lui soufflât le contraire dés que cette pensée traversa son esprit. Il se mordit l'intérieur des joues, cherchant quoi dire pour remédier à cette situation mais il ne trouva rien qui puisse l'aider à se dérider et à s'ouvrir à nouveau à lui. Qu'avait-il pu bien dire de si mal pour qu'elle se renferme comme ça en l'espace d'une heure ? Avait-elle mal prit son geste de tout à l'heure et la discussion qui avait suivie ? Il ne voyait que ça. Mais pourtant il n'avait pas eu l'impression de lui dire quelque chose de blessant... Finalement ils auraient peut-être besoin d'une vraie discussion pour clarifier les choses, il ne pouvait pas rester dans une situation pareille. Ou plutôt, ils ne pouvaient pas rester dans une situation pareille. Le jeune homme n'avait aucune envie que ce fichu baiser - qu'il avait tant apprécié - ne vienne gâcher leur relation naissante, aussi bien amicalement qu'amoureusement parlant. Il voulait juste prendre son temps mais ne savait pas vraiment comment aborder le sujet avec elle sans la blesser. Décidément, il avait oublié à quel point les relations amoureuses pouvaient être compliquées. Mais mieux valait qu'ils y aillent petit à petit plutôt que trop ce précipiter et prendre le risque de détruire ce qui commençait à se construire entre eux.
Il fut sortit de ses pensées par Clémentine qui le bouscula gentiment quand ils arrivèrent devant son appartement. La boule d'angoisse qui s'était formé au creux de son ventre se détendit légèrement devant le sourire enjôleur de la jeune femme, signe que tout n'était peut-être pas perdu.
-Je pense qu'il vaudrait mieux que tu questionnes Max à propos de la petite blonde d'hier, si ça vient de moi il va encore se braquer et ne rien vouloir me dire, lui lança-t-elle alors qu'ils montaient dans l'ascenseur
-T'inquiète pas, j'suis un pro des interrogatoires subtils c'est toujours moi qui me charge de tirer les vers du nez de mes colocs quand ils découchent.
-J'aimerais bien voir ça tient, dit-elle en riant
-Eh bien tu pourras venir un de ces quatre si tu veux, comme ça tu rencontreras les trois idiots avec qui je partage ma vie. En plus de toi bien sûr.
-Ouais, on verra peut-être plus tard.
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Sixième Sens
General Fiction"La jeune libraire avait toujours un coup d'avance sur ses clients et devinait si précisément leurs besoins, à chaque fois, que les plus fidèles d'entre eux la surnommait « la magicienne ». "
