À six heures et demi le lendemain Grégoire avait déjà les yeux grands ouverts depuis une bonne heure et ne parvenait évidemment pas à se rendormir. Ce n'était pas faute de s'être tourné et retourné dans des positions plus saugrenues les unes que les autres pour essayer de replonger dans le monde des rêves mais sans succès. Il se décida finalement à se lever quand il entendit Liam s'affairer dans la cuisine. Il allait bientôt partir pour faire son jogging quotidien et pour une fois Grégoire décida qu'il allait l'accompagner. Le libraire n'était pas particulièrement sportif mais de temps en temps quand l'envie lui prenait il accompagnait son meilleur ami dans son circuit habituel. Généralement la course l'aidait plutôt bien à se vider l'esprit et à remettre ses batteries à zéro. Et puis un peu de sport ne lui ferait pas de mal après ces excès de ses dernières semaines, pensa-t-il en se regardant dans le miroir avant de sortir de la chambre.
-Eh bah t'es matinal mon pote, lança Liam quand le brun le rejoignit dans la cuisine où il prenait son thé
-Impossible de dormir, répondit Grégoire la voix encore rauque avant de se servir un verre d'eau qu'il bu d'une traite, ça ne te dérange pas si je t'accompagne ?
-Tu plaisantes ? Avec plaisir. Bon par contre comme toujours c'est silence radio quand je cours mais ta présence me fera du bien. Et puis on pourra toujours papoter en s'étirant si le jogging n'a pas réussi à te vider la tête, ajouta-t-il avec un clin d'oeil
-T'es le meilleur, répondit le jeune homme en lui assenant une tape sur l'épaule
-Je sais je sais. Bon aller en route, t'es pas prêt pour ce qui t'attends là.
-C'est vrai que je suis un peu rouillé ça fait un moment que je ne t'ai pas accompagné.
Le brun se dépêcha d'aller enfiler ses vêtements de sport qui prenait la poussière dans son armoire depuis trop longtemps avant de chausser ses baskets -elles aussi trop peu usées- et de rejoindre son camarade de jogging qui l'attendait dans l'entrée. Ils se mirent en route directement, profitant des deux étages à descendre pour commencer leur échauffement. Avec les années Liam s'était créé deux parcours différents qu'il alternait un jour sur deux pour casser la routine et varier les plaisirs mais surtout la difficulté. Manque de chance pour le libraire aujourd'hui il allait en baver, son ami n'avait pas prévu de le ménager et ils suivirent le parcours le plus pointu pendant une bonne heure et demi avant de revenir en bas de l'appartement.
Si Grégoire avait eu du mal à suivre la cadence sur les premiers kilomètres il avait vite repris ses habitudes de pseudo-sportif (il ne pratiquait pas assez souvent pour être qualifié de sportif tout court, dixit Liam) et avait tenu sans mal le rythme imposé par le jeune homme. Chaque foulée avait semblé l'aider à se libérer du poids qui pesait sur ses épaules depuis le message qu'il avait envoyé à Clémentine et il était enfin parvenu à se vider l'esprit. Il s'était senti reprendre le contrôle et être enfin en phase avec lui-même. La journée s'annonçait plutôt belle après tout, malgré le froid mordant il y avait un beau soleil et il allait enfin déclarer sa flamme à celle qu'il aimait que pouvait-il bien se passer de mal ? Il était maintenant persuadé qu'elle ne pourrait pas mal réagir à l'annonce de son don -cette idée l'avait longtemps hanté au point qu'il en avait fait des cauchemars. Non, après tout ce qu'il s'était passé entre eux elle ne pourrait pas lui en tenir rigueur et se servir de ça pour mettre un terme à la relation. Après tout ce n'était pas comme s'il souffrait d'un mal incurable et contagieux qui pouvait avoir un quelconque effet sur elle, leur relation n'allait pas pâtir de ce don il voulait juste être honnête et transparent avec elle même si il n'était pas supposé parlé du don à quiconque... C'était l'amour de sa vie, il était hors de question de lui cacher une chose pareille. Il pouvait le cacher à ses meilleurs amis -à contre coeur mais tout de même- mais pas à elle.
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Sixième Sens
General Fiction"La jeune libraire avait toujours un coup d'avance sur ses clients et devinait si précisément leurs besoins, à chaque fois, que les plus fidèles d'entre eux la surnommait « la magicienne ». "
