La tête pleine d'interrogations Clémentine prit la direction de la boutique sans faire réellement attention à ce qu'elle faisait. Elle se sentait comme flottant sur un nuage léger et doux après cette entrevue. Elle qui était si stressée il y a encore une heure se sentait bien mieux comme si toutes ses craintes s'étaient subitement envolées une fois qu'elle s'était retrouvée dehors avec Grégoire. Tout en commençant à déballer ses cartons elle se refaisait le film de son déjeuner et se demandait surtout où elle avait bien pu trouver le courage, ou plutôt le cran, d'inviter le jeune homme à déjeuner avec elle. Sur le coup elle n'avait plus pensé à l'éventuel malaise qu'elle pouvait faire après qu'ils ce soient touchés, elle se sentait simplement bien, légère et l'invité à manger pour dissiper toute gêne entre eux lui avait paru être une bonne idée. D'ailleurs - avec le recul - ça lui semblait toujours avoir été une bonne idée. Ils avaient passé un moment très sympa, elle s'était remémorée des souvenirs de ses premiers mois à la librairie tandis qu'il l'écoutait attentivement en lui souriant chaleureusement. Et ce sourire ... Sans qu'elle ne s'explique vraiment pourquoi il faisait monter en elle une douce chaleur qu'elle n'avait pas ressentie depuis bien trop longtemps. Finalement elle avait beaucoup apprécié être en sa compagnie et elle devait bien avouer qu'elle avait hâte de se mettre à travailler avec lui.
Seulement elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi un changement d'attitude si soudain, de son côté mais aussi du côté de Grégoire qui était bien loin du garçon arrogant qu'elle avait rencontré quelques semaines auparavant. Une petite voix lui souffla que c'était sans doute le don du jeune libraire qui avait finalement fait effet pour elle mais ça li semblait bien trop facile quand même ... Pourquoi maintenant ? Et surtout comment ? Il avait à peine décrocher un mot de tout le repas, préférant s'effacer et la laisser lui raconter ses histoires, et elle ne voyait pas vraiment pas quels autres moyens il aurait pu avoir une quelconque influence sur elle. Non décidément l'excuse du don semblait bien trop simple. Il y avait autre chose derrière tout ça mais la jeune femme n'était pas certaine de vouloir savoir de quoi il retournait, elle se sentait bien et pour l'instant c'est tout ce qui comptait. Préférant ne plus se poser trop de questions - elle aurait de quoi faire ce soir avant de se coucher comme toujours - elle se consacra entièrement à sa sensation de légèreté qui l'habita toute l'après-midi tandis qu'elle vaquait à ses occupations dans la librairie. Clémentine se sentait réellement pousser des ailes et fut surprise par l'énergie débordante qui s'emparait d'elle aussi subitement. En quatre heures et demi elle réussit à déballer ses cartons et à ranger la quasi totalité des nouveaux arrivages, le tout en jonglant entre les différents clients avec une facilité déconcertante.
Quand elle rentra à l'appartement directement après la fermeture elle était encore toute guillerette et Maxime ne manqua pas de s'en rendre compte.
-Eh bah alors, ça a l'air d'aller toi dit moi
-Ça va merveilleusement bien je te remercie, répondit-elle en déambulant gaiement dans le salon, j'ai passé une très bonne après-midi.
-Raconte moi un peu au lieu de faire la nana énigmatique, lança t-il en lui balançant un coussin à la figure tandis qu'elle se dandinait devant lui et Jack.
Son rire enfantin résonna dans la pièce et elle lui envoya un autre coussin dans la figure en guise de réponse.
-Que veux-tu que je te dise, je me sens bien, légère comme ça n'était pas arrivée depuis bien longtemps. J'arrive même à mettre de côté ces petites voix dans ma tête pendant quelques minutes pour mon plus grand plaisir.
-Ça d'accord mais comment ça se fait ? Hier soir encore tu étais sujette à une énième migraine et aujourd'hui tu reviens presque en sautillant comme une gamine... Oh mon dieu ! Tu as rencontré quelqu'un !
Il se frappa le front et la regarda avec de grand yeux rond comme une midinette de quinze ans qui attendait les potins de sa meilleure amie les samedis après-midi. La scène était à mourir de rire et Clémentine ne manqua pas de lui faire remarquer.
-Tu sais que tu es pire que les filles quand tu agis comme ça ?
Elle riait tellement que des larmes perlaient aux coins de ses yeux.
-Non je n'ai rencontré personne gros bêta, je n'ai pas besoin de ça pour me sentir bien d'ailleurs, j'ai juste déjeuné avec Grégoire et figure toi que c'était vraiment chouette.
-Mais non ?! Mon dieu c'est encore mieux que ce que j'imaginais. Je veux absolument tout savoir.
Il sauta sur le canapé comme un enfant et, prenant un coussin entre ses bras, il s'installa en tailleur le regard tourné vers sa cousine qui se marrait toujours autant devant ses âneries. Elle soupira bruyamment feignant d'être agacée par son attitude et s'affala dans son fauteuil situé près de la fenêtre avant de commencer à lui raconter ce qu'il s'était passé à la pause du midi. Maxime, sans cesser ses enfantillages, écouta l'histoire avec attention tout en se questionnant sur ce revirement de situation. Il était évidemment ravi que sa cousine finisse enfin par s'entendre avec son nouvel ami mais se demandait ce qui avait bien pu se passer pour que le courant passe soudainement aussi bien entre les deux jeunes gens. C'est alors qu'il la vit. La lumière de la lampe venait de se refléter dessus et lui avait par la même occasion accroché l'œil. La bague.
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Sixième Sens
General Fiction"La jeune libraire avait toujours un coup d'avance sur ses clients et devinait si précisément leurs besoins, à chaque fois, que les plus fidèles d'entre eux la surnommait « la magicienne ». "
