À peine la jeune femme était-elle rentrée dans le magasin qu'une averse s'abattit sur la petite ville bretonne, reflétant par la même occasion l'humeur de la libraire. Comme il lui restait une bonne demi-heure avant l'ouverture aux clients et qu'elle avait bien besoin de se remettre d'aplomb, elle enclencha son enceinte et lança la musique à plein volume. Pratiquement aucun commerce n'était ouvert le lundi en centre-ville et les locaux situés au dessus de la boutique qui appartenaient au grand-père de Grégoire étaient totalement vides si bien qu'elle n'avait pas à s'inquiéter du bruit. Sa playlist uniquement composée de punk rock soulagea son humeur maussade pendant les minutes qui suivirent et contribua à faire démarrer cette nouvelle semaine de travail un peu mieux qu'elle ne le pensait à la vue des derniers événements.
Clémentine passa la majeure partie de son après midi à s'occuper de commandes qu'elle réalisait pour les comités des entreprises locales ou pour l'hôpital du coin à l'approche des fêtes de fin d'année tout en conseillant les quelques clients qui avaient bravés la tempête pour venir trouver refuge dans la librairie des merveilles. Ce n'est que vers cinq heures et demi qu'elle estima qu'il était temps de faire une petite pause d'autant plus que la boutique était déserte. La pluie ayant repris depuis bien une heure, personne ne se risquait à mettre le nez dehors. Elle s'éclipsa alors rapidement dans la réserve le temps de faire chauffer de l'eau pour son thé avant de revenir à son poste de travail armée d'un paquet de gâteaux et de son portable qu'elle avait laissé derrière en arrivant. Elle avait voulu éviter toute tentation d'envoyer un sms à son ami dans l'après-midi. Clémentine eut la surprise de trouver trois nouveaux messages dans sa boîte de réception ainsi qu'un appel manqué et un message vocal. Tous provenant de Grégoire. Décidément le jeune homme devait chercher à se faire pardonner ou excuser son absence de réponse depuis le début de la journée pour avoir été jusqu'à l'appeler. Curieuse de voir ce qu'il lui avait envoyé, elle ouvrit les messages sans plus attendre.
14h36
Clémentine je suis vraiment désolée je suis sorti ce matin et j'ai carrément zappé de prendre mon portable avec moi. J'espère que tu ne crois pas que j'ai voulu t'ignorer surtout après ce super week-end passé en ta compagnie et que tu vas bien. Vu le temps qu'il fait tu ne vas pas avoir grand monde cet après-midi alors si tu veux qu'on discute un petit peu je suis à ta disposition.
15h28
Tu me fais la tête ? :( Ou alors il y a finalement eu une foule de clients et tu es carrément débordée.
16h10
1 appel manqué, 1 nouveau message vocal
16h55
Je dois avouer que ton silence m'inquiète un peu. J'espère ne pas avoir l'air d'un gros lourd à t'harceler de messages comme ça mais je flippe toujours de faire une bourde avec toi. Je suis désolé, je vais te laisser tranquille.
La jeune femme se mordit la lèvre, gênée d'avoir pu penser qu'il avait voulu l'ignorer alors qu'il n'avait juste pas son portable. Quelle idiote, elle se montait toujours trop la tête. Il ne lui devait rien et elle ne savait même pas pourquoi elle s'était mise dans tous ces états. En plus de ça maintenant Grégoire pensait avoir fait quelque chose de mal et semblait s'en vouloir à en croire son message vocal et le dernier sms qu'il lui avait envoyé. Clémentine s'empressa de lui dire que tout allait bien et qu'elle aussi n'avait pas pensé à prendre son portable avec elle dans la boutique. Un petit mensonge ne faisait pas de mal et puis elle passerait sans doute pour la dernière des idiotes si elle lui disait qu'elle avait été vexée et légèrement blessée par son silence. Une fois sa réponse envoyée elle posa soigneusement son portable dans un coin de son poste de travail et prit une gorgée de son thé qui la réchauffa instantanément. Le temps de grignoter un biscuit elle le reprit l'objet pour y découvrir la réponse de son ami qui ne s'était pas faite attendre. Grégoire s'excusait à nouveau de tous les messages qu'il lui avait laissé avant de lui faire part de sa joie d'avoir de ses nouvelles. Il lui demanda ensuite comment se passait sa journée jusqu'à présent.
La libraire passa le reste de son après-midi à discuter avec le brun qui se montrait toujours plus intéressé par ce qu'elle faisait. Dans peu de temps il finirai par la connaitre par cœur, à supposer que ce n'était pas déjà le cas. Leurs discussions animées étaient parfois interrompues par un client ou deux qui venaient récupérer des commandes ou simplement passer un petit bonjour à leur libraire préférée mais de manière générale Clémentine passa la dernière heures et demi seule à la boutique à s'occuper des derniers préparatifs de Noël. Elle avait prévue de commencer à faire la vitrine et d'installer les décorations à partir du samedi qui arrivait même si le sapin ne serait installé que le 7 Décembre. Une vieille tradition instaurée par Nanou à laquelle elle n'avait pas compris grand chose mais qu'elle s'efforçait de respecter scrupuleusement. Cela valait aussi bien pour le sapin du magasin que pour l'installation de son sapin personnel. Les guirlandes et autres décorations festives attendaient sagement dans des cartons entreposés dans la réserve à côté du bac où dormaient les livres et coffrets qu'elle voulait mettre dans sa jolie future vitrine. La jeune femme avait hâte de mettre en place sa nouvelle décoration et de transformer la librairie des merveilles en une boutique qui respirait Noël et ne souhaitait qu'une chose: que la journée du samedi arrive rapidement.
Ce fut d'ailleurs un peu le cas. La semaine des deux libraires passa à une telle vitesse que Clémentine se demanda si un esprit quelconque avait entendu son vœu et avait accéléré le temps. Elle n'avait pas vu les jours défiler tant elle était prise entre les commandes, le rangement de l'office qui débarquait toujours plus nombreuse et sa vie personnelle qui prenait aussi pas mal de place dans son emploi du temps. D'ailleurs en ce vendredi soir gris et morne elle devait rejoindre les filles pour leur raconter ce qu'il s'était passé chez Grégoire le week-end d'avant. Le jeune homme quant à lui cherchait toujours une ouverture pour faire part de son secret à la jeune femme et commençait sérieusement à désespérer. Il avait cru avoir une chance de se lancer la veille au soir peu avant la fermeture alors que le magasin était désert et qu'ils discutaient tranquillement au fond en faisant leur réassort mais Maxime était arrivé fanfaronnant pour on ne savait quelle raison et avait coupé court à la discussion qu'ils s'apprêtaient à avoir. Évidemment le jeune homme était resté avec eux pour la fermeture et il n'avait plus eu aucune chance de lui parler de ce secret qui commençait à devenir lourd à porter. Maintenant il faudrait attendre qu'une nouvelle occasion se présente, pour qu'il franchisse finalement ce cap fatidique. En attendant il allait continuer à passer ses journées en sa compagnie et ses soirées à papoter par messages interposés. Plus le temps passait et plus il succombait face à cette merveilleuse jeune femme. Enfin techniquement il lui avait déjà succombé, et plus d'une fois, mais il avait l'impression de tomber amoureux encore et encore chaque fois qu'il l'a voyait sourire et qu'il l'observait à la dérobée tandis qu'elle évoluait au milieu de sa librairie.
Un coup tapé sur son épaule le sortit de sa torpeur et il cligna des yeux plusieurs fois pour revenir à la réalité. À côté de lui Clémentine le regardait l'air moqueur tandis qu'il passait une main sur son visage qu'il sentait tout engourdit.
-T'étais partit loin la. À quoi tu penses beau brun ? Le taquina t-elle
-À une jolie rousse, répondit-il avec un petit clin d'œil sachant pertinemment qu'elle serait désarçonnée par cette réponse
Comme prévu la jeune femme rougit instantanément en entendant ses mots avant de bafouiller une phrase inintelligible en s'enfuyant dans la réserve. Courageuse mais pas téméraire comme dirait son cher papa. Elle avait beau se sentir pousser des ailes par moments, elle n'en restait pas moins une jeune femme timide et peu sûre d'elle. La remarque de Grégoire l'avait déstabilisé d'autant plus qu'elle ne savait absolument plus sur quel pieds danser avec lui. Tantôt il se comportait envers elle comme s'ils étaient en couple tantôt leur amitié semblait reprendre le dessus et il y avait une certaine distance qui se mettait entre eux. Pas une distance froide ou gênante loin de là, mais quelque chose de suffisamment présent et réel pour qu'elle s'en rende compte. Elle soupira longuement avant d'enclencher leur playlist spéciale fermeture et baissa la grille tandis que son collègue s'affairait en caisse. Un jour elle finirait par comprendre les hommes. Ou au moins celui sur lequel elle avait jeté son dévolu. Mais en attendant elle allait passer la soirée avec ses meilleures amies à refaire le monde et - évidemment - parler de la question Grégoire. Peut-être qu'elles l'aideraient à y voir plus clair !
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Sixième Sens
General Fiction"La jeune libraire avait toujours un coup d'avance sur ses clients et devinait si précisément leurs besoins, à chaque fois, que les plus fidèles d'entre eux la surnommait « la magicienne ». "
