Chapitre VII (1/6)

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Le jeune homme se trouvait maintenant devant la porte qu'il ouvrit et referma avec un peu de force pour faire tinter le carillon et marquer sa présence. Comme pour accentuer la chose, et surtout être certain que la jeune femme allait remarquer sa présence cette fois, il lança un bonjour chaleureux à la cantonade. Malheureusement il était tout seul dans la librairie et c'est un silence pesant qui lui répondit. Néanmoins Clémentine se retourna après avoir entendu le son de sa voix et lui fit un petit sourire, avant de lui articuler un « j'arrive » silencieux en mettant fin à son coup de téléphone. Alors qu'elle traversait la boutique pour venir le rejoindre il ne pu s'empêcher de sentir les battements de son coeur s'accélérer,  qu'est ce qu'elle était belle dans cette jolie robe vert bouteille qui mettait les reflets auburns de ses cheveux et la pâleur de sa peau en valeurs. Il tenta de calmer son appréhension et les battements de son coeur en pensant à d'autres choses mais l'image de la jeune femme continuait de hanter son esprit. Néanmoins il eût l'étrange sensation d'être bien plus calme dés qu'elle fut près de lui, comme si son contact l'apaisait instantanément. C'est aussi ce qu'il s'était passé en début de semaine quand ils s'étaient retrouvés tous les deux après le rendez-vous chez la comptable. Décidément cette jolie libraire était pleine de surprises ... et quelles surprises !

Il avait encore du mal à croire ce qu'il venait d'entendre. Alors comme ça elle aussi était dotée d'un don. Cela expliquait bien des choses à commencer par le fait qu'il n'arrivait pas à se lier aussi facilement avec elle qu'il le faisait avec les autres, il n'arrivait pas non plus à entrer dans sa tête pour y découvrir ses centres d'intérêts par exemple. Cela le déstabilisait énormément et il se demandait si c'était la même chose de son côté. Grégoire qui n'était pas certain d'avoir bien compris en quoi consistait le don de la jeune femme avait décidé de ne pas lui avouer qu'il avait entendu sa conversation, ou du moins il ne lui dirait pas tout de suite. Il avait d'abord envie de faire évoluer leur relation, de faire en sorte qu'elle se sente enfin en confiance avec lui, avant de faire quoi que ce soit.

Il fût tiré de ses pensées par Clémentine qui était maintenant face à lui et lui souriait chaleureusement. Son cœur rata un battement et il tenta de se reprendre tant bien que mal.
-Grégoire comment vas-tu ? Je ne m'attendais pas à te voir avant de me rendre chez Jeanne.
-Je me suis dis que j'allais passer te dire bonjour et j'avais aussi envie de m'acheter un livre ou deux pour ce week-end. Et je vais très bien merci, et toi alors ? Pas trop de monde cette semaine ?
-C'est vraiment gentil de ta part. Tout va bien, les clients vont et viennent à leur rythme, j'ai eu du monde ce matin mais globalement ça n'a pas été une grosse semaine. Tu sais déjà ce que tu veux acheter ?
La jeune femme, qui ne tenait pas en place, espérait que sa joie de partager un moment tranquille à la boutique avec lui n'était pas trop flagrante. Elle avait l'impression d'être en feu et priait pour que ses joues ne trahissent pas ses émotions même si elle n'était pas dupe. Elle savait qu'elle rougissait de manière incontrôlable pour un rien et n'était jamais parvenu à contrôler cela. Toutefois Grégoire ne semblait pas y faire attention ou alors il avait la politesse de faire comme si elle ne ressemblait pas à une véritable tomate. Clémentine ne parvenait pas à s'expliquer pourquoi une telle joie l'avait saisie quand elle avait entendu le son de sa voix un peu plus tôt. Elle avait l'impression de redevenir l'adolescente timide et maladroite face aux garçons qu'elle avait été quand elle était avec lui et pourtant elle était loin d'être stressée comme elle avait pu l'être auparavant. Tentant de retrouver une convenance elle l'écoutait lui parler de la boutique et de son impatience de venir commencer à travailler avec elle.
-Et concernant les livres je n'ai aucune idée particulière, j'avais bien envie de me laisser guider par celle qu'on surnomme la magicienne. Je ne m'étais pas rendu compte que tu avais un telle réputation avant de me mettre à traîner un peu plus en ville, j'ai carrément la pression maintenant que je vais commencer à travailler ici. Il faut que je sois à la hauteur.
-Oh mais tu sais, si tu n'es pas à la hauteur on arrêtera après ta période d'essai, lance Clem d'un air nonchalant

Le jeune homme se sent soudain fiévreux et ne peut s'empêcher de bafouiller alors qu'il essaye de répondre à la bombe que vient de lâcher sa future patronne.
-Je rigolais hein
Elle affiche un petit sourire satisfait tandis que Grégoire se remet de ses émotions. Il y a vraiment cru sur le coup et il lui faut quelques secondes pour que les battements de son coeur retrouvent un rythme normal.
-Mais, plus sérieusement, je ne veux pas entendre que tu te mets la pression à cause de ça, surtout pas à cause de moi et de ma façon de travailler, même si c'était une blague. Tu n'as aucune pression, ni aucune inquiétude à avoir. En plus de ça je te rappelle que tu as fait une forte impression à mes clients la semaine dernière et à mes meilleures amies, en plus tu n'as rien à m'envier côté conseil je t'assure. Je pense qu'on va former une super équipe. Et pour le coup c'est moi qui ai la pression de devoir te choisir deux livres alors que je ne sais rien de toi.
-Merci de me rassurer, même si je rigolais j'avoue qu'il y avait une part de vérité derrière ce que je t'ai dis. Mais je fais confiance à ton jugement, et je suis ravis de savoir que je plais déjà à certains clients. Et je fais aussi confiance à ton intuition pour le choix de mes livres.

La jeune femme lui sourit timidement avant de lui demander de ne pas bouger avant qu'elle ne revienne. Il s'accoude alors au comptoir et attend patiemment que la jolie libraire fasse son choix parmi la multitude de références que compte la boutique. De son côté la jeune femme n'était pas vraiment sereine, elle n'avait toujours aucune indication sur les goûts de son futur collègue et ne savait donc pas ce qu'elle pouvait lui conseiller. Pourtant depuis qu'il lui avait fait cette demande de livres, elle se sentait portée par une espèce d'intuition émanant du plus profond de sa pensée. C'était comme si elle savait au fond d'elle quels livres il lui fallait. Clémentine se laissa alors guider vers le fond de la boutique où se trouvait le rayon poche et parcouru les rayons du regard en espérant avoir une illumination concernant un titre ou un auteur. Et aussi surprenant que cela puisse paraître alors qu'elle était toujours en train de fixer ses étagères il lui sembla que deux ouvrages se mirent à scintiller. La libraire écarquilla les yeux comme ce n'était pas permis et se demanda si son cerveau ne lui jouait pas des tours. Elle retira ses lunettes et cligna plusieurs fois des yeux en espérant que ce mirage disparaisse mais en vain. Deux livres étaient bien en train de scintiller au milieu des centaines d'autres références comme s'ils voulaient s'en démarquer et attirer l'attention de la libraire. « C'est du délire » pensa-t-elle, en se dirigeant toutefois vers les ouvrages pour les examiner.

Lorsque ses doigts touchèrent le premier livre, il cessa immédiatement de briller et ce fut la même chose pour le second preuve que qui venait de se passer n'avait eu que pour but d'aider la jeune femme à trouver les livres qu'il fallait pour Grégoire. Elle les regarda l'un après l'autre pour s'assurer qu'elle n'allait pas lui conseiller n'importe quoi et eu l'agréable surprise de découvrir un de ses livres préférés dans la sélection. En ce qui concernait le second livre, elle en avait beaucoup entendu parlé - et en avait étudié des passages en cours - mais ne l'avais jamais lu dans son intégralité. Néanmoins elle avait beaucoup apprécié les extraits qu'elle avait lu et savait qu'elle pouvait le conseiller à son futur collègue sans aucune crainte. Satisfaite, mais particulièrement intriguée par ce qu'il venait de se passer, elle revint vers Grégoire qui attendait ses propositions, nonchalamment accoudé sur le comptoir situé à l'entrée du magasin. Cette vision eût pour effet d'accélérer les battements de son coeur et la jeune femme dû faire un effort surhumain pour ne pas sourire comme une idiote une fois parvenue face à lui.
-Je pense que ça pourrait te convenir pour ce week-end, ils ne sont pas bien épais et se lisent très facilement.
-Eh bien je vais les prendre dans ce cas.
-Quoi, tu ne regardes même pas de quoi ça parle ? Et si finalement tu n'aimais pas ?
-Je te l'ai dit, je te fais confiance.

Tandis qu'il lui fait un grand sourire, la jeune femme dont les joues viennent de virer au rouge cramoisi encaisse sa vente, avant de baisser le rideau métallique marquant le début de la pause déjeuner, et l'heure de son rendez-vous avec Jeanne.

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