Les jours qui suivirent ce coup de téléphone, demeuré sans réponse, mirent la patience de Grégoire à rude épreuve. Son grand-père était aux abonnés absents et même s'il avait l'habitude que le vieil homme disparaisse quelques temps sans donner de nouvelles à personne, cette fois cela l'agaçait prodigieusement. Il avait besoin de réponses, c'était en train de tourner à l'obsession et s'il ne les obtenait pas rapidement le jeune homme sentait qu'il pouvait imploser à tout moment. Il réussissait à donner le change face à Clémentine qui, trop accaparée par le rush de Noël, n'y voyait que du feu mais une fois qu'il se retrouvait seul et qu'il se remettait à cogiter sur le sujet c'était autre chose. Le bureau de sa chambre était jonché de papiers remplis de questions, de suppositions et d'autres théories farfelues qu'il attendait de pouvoir exposer à son grand-père. Enfin, s'il se décidait à répondre.
De son côté la jeune libraire commençait aussi à se poser des questions, plus les jours passaient plus elle avait le sentiment que son don gagnait en puissance et si d'un côté elle s'en réjouissait, de l'autre elle ne pouvait s'empêcher d'être effrayée. Elle n'était pas préparée à développer de nouvelles capacités, elle avait déjà eu du mal - et continuait d'en avoir - à gérer son aptitude principale alors devoir apprendre à en contrôler d'autres... Même la bague ne semblait pas pouvoir l'aider cette fois. Ou bien était-ce à cause d'elle que son don continuait de grandir ? Comme elle aurait voulu pouvoir en discuter avec Grégoire, lui au moins aurait pu la rassurer et peut-être l'aider à appréhender toute cette nouveauté. Malheureusement ils s'étaient dit qu'il ne valait mieux plus en parler, bien que de nombreuses questions soient restées sans réponses, et elle ne voulait pas l'ennuyer avec ses états d'âme. Elle avait appris seule et il n'était pas question qu'elle se mette soudainement à se reposer sur le jeune homme sous prétexte qu'il semblait avoir plus de connaissances qu'elle. C'était la solution de facilité et ce n'était pas celle qu'elle voulait choisir. Clémentine s'évertuait à être une jeune femme forte et indépendante qui réussissait toujours par elle-même. L'arrivée d'un homme, aussi merveilleux soit-il, dans sa vie n'allait pas changer ça. Cela dit elle profitait de chaque petits moments, aussi courts soit-il, passés à ses côtés comme s'ils lui permettaient de recharger ses batteries pendant une journée difficile.
Et en ce moment il fallait avouer que ce n'était pas toujours la joie. Malgré la protection de la bague il arrivait que la jeune libraire se retrouve parfois prise de grosses migraines en fin de journée si bien qu'elle passait sa soirée allongée dans le noir avec Jack pour seule compagnie. Finalement ce n'était pas plus mal que Grégoire n'ai eu aucune soirée à lui accorder depuis le début de la semaine, sans parler de Maxime qui ne semblait pas non plus décidé à remettre les pieds à l'appartement tout de suite. Cela lui permettait de souffler et surtout de n'alerter aucun des deux garçons sur son état actuel. Et puis, ce n'était pas si grave que ça, sans aucun doute le contre-coup de la fatigue accumulée depuis la rentrée qui ressortait. Ces derniers mois n'avaient pas été si simples que ça quand on y regardait bien et pourtant elle n'avait pas faillit une seule fois. Ou presque. Mais rien de dramatique. Elle tenait bon coute que coute. La jeune femme gardait à l'esprit les semaines de vacances réservées avec ses amies pour le premier trimestre de l'année suivante, sachant très bien qu'elle pourrait se reposer à ce moment-là. En attendant elle prenait sur elle et s'agrippait à chaque moments positifs qu'elle pouvait trouver sur son chemin pour continuer à avancer plus ou moins sereinement.
Mais en fin de semaine quand Grégoire vint la voir pour lui demander de quitter le travail plus tôt que prévu sans lui fournir d'explication, sa détermination vacilla. Il avait été préoccupé voire parfois distant toute la semaine et même s'il s'était évertué à la rassurer chaque fois qu'elle s'était inquiétée de son état, Clémentine n'était pas dupe. Evidement elle ne lui refusa pas sa requête, Ludmila était avec elle et avec la tempête qui faisait rage à l'extérieur les clients se faisaient rares, si bien qu'elles ne seraient pas débordées jusqu'à la fermeture mais ils auraient besoin de discuter de la situation rapidement.
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Sixième Sens
Fiksyen Umum"La jeune libraire avait toujours un coup d'avance sur ses clients et devinait si précisément leurs besoins, à chaque fois, que les plus fidèles d'entre eux la surnommait « la magicienne ». "
