Chapitre IV (2/8)

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À midi elle se cuisina un bon petit plat et passa le reste de sa journée à corriger les derniers extraits de son roman. La jeune femme aurait bien voulu sortir à nouveau mais il pleuvait à torrent et elle n'avait donc pas d'autres choix que de rester au chaud sous peine d'attraper un gros rhume. Elle en profita aussi pour appeler ses parents, qu'elle devait retrouver en fin de semaine prochaine pour l'anniversaire de son père. En somme elle tira profit de chaque moment pour remonter petit à petit la pente sur laquelle elle glissait depuis quelques semaines. Clémentine se sentait à nouveau légère et libre, prête à affronter le monde accueillant même à bras ouverts tout ce qui était susceptible de la faire se sentir plus vivante que jamais. C'est comme cela qu'elle se retrouva à appeler Camille en milieu de soirée pour lui demander d'aller boire un verre avec elle au bar du coin. Les deux jeunes femmes décidèrent de s'y attabler pour manger après s'être vues payer leurs verres par deux charmants jeunes hommes.  Les deux amies discutèrent de tout et surtout de rien pendant des heures autour d'une bouteille de Lambrusco et de sticks de mozzarella pannés.

Alors que Camille était allée se rafraîchir aux toilettes un serveur lui apporta une part de cheesecake en guise de dessert.
-Excusez moi, bafouilla la jeune femme, mais je n'ai rien commandé de tel.
-C'est le jeune homme en noir au bar qui m'a demandé de vous l'offrir.
Clémentine leva le nez de l'assiette qu'on lui tendait et regarda en direction du bar. Son regard croisa celui de l'inconnu aux yeux d'un bleu perçant. Un long frisson lui parcouru l'échine et elle comprit à qui elle avait à faire. Il lui fit un petit clin d'œil accompagné d'un signe de la main et articula « bon appétit ». Le temps qu'elle remercie le serveur il avait disparu.

Quand son amie revint elle fut surprise de la découvrir dégustant sa part de gâteau.
-Je croyais qu'on s'en tenait aux sticks de mozzarella ?
-Tu ne vas jamais croire ce qui vient d'arriver.

Elle lui raconta alors rapidement l'arrivée du serveur, l'échange de regards et le clin d'œil omettant évidemment la case malaise de la veille et le fait que cet homme l'avait suivi toute la semaine. La jeune vendeuse était totalement surexcitée et s'imaginait déjà les préparatifs du mariage tandis que Clémentine restait plus sur ses gardes. Elle avait toujours été d'un naturel réservé et encore plus avec les hommes. N'ayant eût que très peu de relations sérieuses elle était toujours très timide et ne savait pas vraiment comment faire évoluer les choses. Mais le plus étrange dans cette histoire – du moins en ce qui concernait cette soirée – c'est qu'elle n'avait pas réussi à percevoir son état d'esprit. Même pas un petit signe discret pour qu'elle sache à quoi elle devait s'attendre avec lui, rien. C'était bien la première fois qu'une chose comme celle-ci lui arrivait et elle devait bien avouer que cela la perturbait légèrement. Mais l'important dans toute cette histoire c'était le retour de son don qui la plaçait sur un petit nuage et ce n'est pas l'impénétrabilité de cet homme qui allait l'en faire descendre. Les deux amies discutèrent encore quelques instants avant d'aller payer leurs repas et de se séparer au coin de la rue. Camille vivait au dessus de sa boutique à quelques pas de là, tandis que Clémentine avait établie ses quartiers dans la « vieille ville » située à une dizaine de minutes à pieds.

Sa nuit fut des plus reposante contrairement à la semaine qui arrivait. Le retour de son don signifiait aussi le retour de la fatigue mentale qui l'accompagnait mais ça n'était rien par rapport au bonheur qu'elle avait de pouvoir à nouveau entendre les différents états d'esprits de ceux qui l'entouraient. La première moitié de la semaine passa sans même qu'elle s'en rende compte. Les clients allaient et venaient toute la journée pendant qu'elle s'employait à noter toutes les références qui lui venaient à l'esprit. Clémentine était tellement accaparée par toutes ces nouvelles commandes qu'elle ne se souvenait même pas que cette semaine marquait la réouverture de la librairie un an auparavant. Cette date lui revint à l'esprit quand une fidèle cliente arriva le jeudi avec un énorme bouquet de fleurs et une carte de félicitations. La jeune femme fut tellement émue que les larmes lui montèrent aux yeux sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle essuya d'un geste rapide celles qui perlaient aux coins de ses yeux et remercia chaleureusement la cliente avant d'aller trouver un vase dans l'arrière boutique afin d'y mettre le bouquet. Elle le plaça ensuite bien en évidence à la caisse non sans une certaine fierté. Peu de commerçants pouvaient se vanter d'avoir des clients qui se rappelaient de la date d'ouverture de la boutique. La jeune libraire passa la fin de la journée à le contempler les yeux brillants et à recevoir des compliments à son sujet. Madame Fisot n'était pas là seule à s'être souvenue de ce premier anniversaire si bien qu'elle avait aussi eut le droit à des petites plantes vertes pour égayer la boutique, un magnifique bloc-notes et deux nouvelles tasses à ajouter à sa collection.

Ce soir là Clémentine quitta la boutique le coeur remplie d'amour et des étoiles plein les yeux. Pour l'occasion elle décida d'aller boire un verre dans le centre. Elle savait que les filles ne pourraient pas sortir avec elle ce soir et qu'elle serait donc seule avec son cocktail mais cela ne la dérangeait pas le moins du monde. En arrivant elle s'installa au bar et discuta avec la barmaid qu'elle connaissait bien. Les deux jeunes femmes discutèrent un petit moment des nouveautés à venir dans le quartier et de leurs vies respectives. Elles s'interrompaient quand Malia devait aller s'occuper des autres clients et Clémentine profitait de ses moments pour prendre en notes quelques nouvelles commandes. Alors qu'elle s'appliquait à écrire une référence étrangère pour un professeur d'université elle sentit à nouveau ses poils se hérisser et une drôle de sensation vint se nicher au creux de son ventre. La jeune femme releva alors la tête pour se retrouver nez à nez avec l'Inconnu. Il était là, juste devant elle et il lui souriait d'un air nonchalant.

-Bonsoir. Je t'offre un verre ?

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