Tandis qu'il remontait la rue pratiquement au pas de course, Grégoire passa un coup de téléphone à Maxime pour le prévenir de son arrivée imminente. Là où il mettait d'habitude une dizaine de minutes à rejoindre l'appartement de sa collègue, il n'en mit que cinq avant de venir appuyer son doigt tremblant sur la sonnette de la porte d'entrée. Quelques secondes plus tard il entrait dans l'ascenseur. Arrivé devant l'appartement il posa à peine son poing fermé contre la porte que cette dernière s'ouvrit sur un Maxime aussi échevelé que s'il l'avait sortit de sa sieste. Ce qui était en réalité le cas.
-Elle... commença le libraire
-Est toujours inconsciente, termina le brun, mais entre donc je vais te faire chauffer un truc il faut que tu manges. Ne fais pas cette tête elle va se réveiller il faut juste un peu de temps à son corps pour se remettre du choc.
-Mais de quel choc tu parles ? Je lui ai juste embrassé la joue Maxime... Et ne me dit pas qu'elle ne supporte pas le contact physique je ne te croirais pas.
-Non non ça n'a rien à voir avec le contact physique, enfin si mais c'est plus compliqué que ça, répondit le jeune homme penaud. Écoute pour le moment je ne peux rien te dire je préfère attendre que ce soit elle qui le fasse, mais ensuite on pourra en discuter tous les trois d'accord ? Cette situation ne me plaît pas plus qu'à toi mais je pense qu'on a pas d'autres choix que d'attendre son réveil. Logiquement ça ne devrait pas durer trop longtemps, la première fois je crois qu'elle avait été inconsciente pendant onze ou douze heures.
-Putain, soupira Grégoire totalement désemparé en passant une main tremblante dans sa chevelure déjà en bataille
-Ça va aller mon pote, répondit Maxime, crois-moi je comprends totalement ton incompréhension et je voudrais vraiment pouvoir remédier à ça mais j'estime que ce n'est pas à moi de t'expliquer. Tranquillise toi quand même, on dirait que tu vas nous faire une crise cardiaque si ça continue. Elle va bien elle est juste... en train de dormir profondément. C'est comme si son corps se mettait sur pause pendant un moment tu vois ? Donc vraiment ne t'en fais pas. Et je t'arrête tout de suite: ce n'est pas de ta faute. Sors-toi cette idée de la tête je t'en pris.
-Je suis totalement perdu, j'ai l'impression de... d'être sortit de mon corps et d'assister à cette journée sans avoir aucune prise sur ce qui se déroule. Ça me flingue je te jure. J'ai horreur de ne pas comprendre quelque chose et de ne rien pouvoir faire pour y remédier. Dans cinq minutes je fais une mega crise d'angoisse si je ne trouve pas un moyen de penser à autre chose, balbutia-t-il avant de pousser un long soupire empreint d'anxiété
-Je comprends je t'assure, plus que tu ne peux l'imaginer. Aller viens, je vais te préparer un repas qui te remontera le moral. Ta matinée s'est bien passée ? Vous n'avez pas eu trop de monde ?
Les deux amis se dirigèrent ensemble dans la cuisine et pendant que l'un se mettait derrière les fourneaux, l'autre se percha sur l'un des tabourets disposé près du comptoir pour s'y accouder et écouter le premier déblatérer tout un tas de bêtises dans l'espoir de lui changer les idées. C'était sans doute idiot mais le fait d'être un peu plus près de Clémentine et de pouvoir réagir si quelque chose devait lui arriver le rassurait un peu et il se détendit. L'esprit positif et enjoué qui se dégageait de Maxime - bien qu'il n'arrivât pas à deviner son état d'esprit de façon aussi limpide qu'il le faisait avec les autres - agissait sur lui sans qu'il ne puisse y résister et la sensation était plutôt grisante. D'habitude les humeurs des personnes qui l'entouraient ne déteignaient pas sur lui mais les choses semblaient être différentes avec son ami. Décidément les Villey n'avaient pas fini de le surprendre. Et en parlant de surprise...
Au moment où ils retournèrent dans le salon pour déguster le repas préparé par Maxime, Grégoire baissa les yeux sur la table de la salle à manger pour y déposer son portable et remarqua le clavier de la libraire qui y trônait fièrement. Il fronça les sourcils et passa la main dans ses cheveux, signes de son incompréhension face à ce nouvel élément de décoration qui avait l'air de sortir de nul part. Il savait bien qu'il avait encore des choses à découvrir sur Clémentine mais ils avaient si souvent parlés de musique tous les deux qu'il pensait logiquement qu'elle lui en aurait parlé si elle avait joué d'un instrument, quel qu'il soit. À moins que ce ne soit celui de Maxime, vu que ce dernier vivait désormais ici il n'était pas impossible qu'il ai apporté avec lui ce vieux clavier qui semblait avoir survécu à la guerre, mais il en doutait fortement.
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Sixième Sens
General Fiction"La jeune libraire avait toujours un coup d'avance sur ses clients et devinait si précisément leurs besoins, à chaque fois, que les plus fidèles d'entre eux la surnommait « la magicienne ». "
