La jeune femme recula d'un pas sous l'effet de la surprise et passa la main dans ses cheveux indisciplinés comme pour les remette en place, mais surtout pour occuper ses mains. Elle réagissait de cette manière quand la situation lui échappait et qu'elle ne savait pas quoi dire.
-Désolé je te prends de court j'ai l'impression. Je pensais vraiment que tu te souvenais de moi mais que tu voulais me faire marcher. Sérieusement quand tu as vu mes papiers la première fois qu'on s'est rencontré tu n'as pas remarqué que j'avais le même nom de famille que ta libraire préférée ?
-Eh bien non je n'ai pas relevé cette information j'étais plus occupée à penser au fait que tu m'avais suivie toute la semaine qu'a noter le nom que tu portes. Je ne me souviens pas du tout de toi je suis désolée... Mais alors de ton côté tu sais depuis le début qui je suis ? Tu t'es moqué de moi ?
-Non on ne peut pas vraiment dire ça. J'avais un doute sur ton identité quand j'ai vu que tu travaillais à la librairie, je n'étais pas certain que tu sois.. eh bien toi. Mon intuition a été confirmée quand j'ai vu tes papiers le soir où tu as fais un malaise. Je te l'accorde tout ça est un peu bizarre mais pour ma défense je t'assure que je pensais que tu savais qui j'étais et que tu voulais me faire marcher...
-Pourquoi j'aurai voulu faire ça ?
-Je ne sais pas, en souvenir du bon vieux temps peut-être ?
-Grégoire je ne vois vraiment pas où tu veux en venir, répliqua la jeune femme sur un ton légèrement agacé, alors si tu veux bien accélérer le mouvement et exprimer le fond de ta pensée ça m'arrangerais.
Leur discussion fut interrompue par l'arrivée d'un client, ce qui donna l'occasion à Clémentine d'aller se replonger dans ses souvenirs pendant que le jeune homme s'occupait de Monsieur Frichy. Mais la jolie rousse avait beau se creuser les méninges elle n'arrivait pas à se remémorer quoi que ce soit incluant Grégoire. Nanou ne lui avait jamais parlé de lui... Ou alors elle ne s'en souvenait pas. Elle n'avait pas non plus souvenir de l'avoir croisé aux funérailles de la vieille femme cinq ans auparavant. Clémentine ne remettait pas en doute le fait qu'il soit bien le petit fils - à travers son mariage - de l'ancienne propriétaire de la boutique mais elle ne voyait pas de quel « bon vieux temps » il voulait parler et cela avait le don de l'énerver au plus haut point. La jeune femme, ne supportant pas que les choses lui échappent, se promis de tirer les vers du nez de son collègue dès que celui-ci aurait terminé avec son client. Malheureusement un client en entraînant un autre elle dû prendre son mal en patience et attendre deux bonnes heures avant de pouvoir enfin avoir une discussion avec lui. Quand elle le rejoint au fond de magasin, tandis qu'une petite poignée de clients se baladait dans les rayons, le jeune homme ne semblait pas en mener bien large. Clémentine eût un moment d'hésitation mais décida tout de même d'aller lui parler pour obtenir le fin mot de toute cette histoire.
-Bon, tu veux bien me dire à quoi tu faisais référence tout à l'heure s'il te plaît ? Et viens en directement au fait, pas besoin de faire plus de mystères qu'il n'y en a déjà.
-Eh pas la peine de te montrer agressive, je ne voulais pas t'offenser... Je pensais au moins que même sans te souvenir de moi tu te souviendrais du jeune garçon avec qui tu passais la plupart de tes mercredis après-midis. À l'époque on était toujours fourrés ensemble, à faire les quatre-cent coups entre ces murs pendant que Nanou s'occupait des clients. Bon je te l'accorde c'était il y a longtemps mais quand même... Je crois que notre amitié a duré jusqu'à ce que j'entre au lycée. Après ça j'ai eu de moins en moins le temps de venir et une chose en entraînant une autre j'ai totalement arrêté de rendre visite à Katell. Enfin, je suis repassé une fois ou deux pour acheter des bouquins pour les cours, mais rien de plus. C'était ma période rebelle je faisais un peu tout et n'importe quoi pour attirer l'attention de mes parents. Mais bon passons, ce n'est pas le sujet de cette discussion. Je me souviens d'une fois où je suis venu, j'étais en plein dans les révisions du Bac Blanc et je cherchais des livres pour m'aider à réviser. Faut dire que je le passais pour la seconde fois alors j'avais un peu la pression. Ce jour-là tu étais là, tu faisais ton stage de troisième et c'est toi qui m'a aidé à trouver ce qu'il me fallait. Je t'ai reconnu dés que je t'ai vu, tu n'imagines pas à quel point j'étais heureux de te revoir toi mon amie d'enfance que je n'avais pas revu depuis des lustres. Mais de ton côté tu semblais ne pas te rappeler de moi alors je n'ai rien dis et je t'ai simplement demandé des informations et je suis repartie après avoir passé ma commande.
Face à lui la jeune femme ne semblait pas en mener bien large. Elle palissait à vue d'œil à mesure que Grégoire lui racontait un bout de « leur » histoire. Elle ne savait absolument pas quoi lui dire si ce n'est qu'elle ne se souvenait pas du tout de lui. Le pire c'est qu'elle n'avait aucune explication à tout cela, et ça l'inquiétait énormément. Néanmoins elle était sure d'une chose: on ne pouvait pas oublier tout un morceau de son enfance comme ça.
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Sixième Sens
General Fiction"La jeune libraire avait toujours un coup d'avance sur ses clients et devinait si précisément leurs besoins, à chaque fois, que les plus fidèles d'entre eux la surnommait « la magicienne ». "
