Chapitre IV (3/8)

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Clémentine resta complément interdite face au jeune homme. Elle parvint à ouvrir la bouche mais aucun son n'en sortait. Il s'avança alors vers Malia qui revenait vers eux.
-On en reprendra deux autres comme celui-ci, dit il en désignant le verre vide de la jeune libraire.

Au moment où il se pencha vers elle, elle sentit les effluves de son parfum lui chatouiller les narines. Le rouge lui monta aux joues, elle avait l'impression d'être en feu.
-Non je vais plutôt prendre un Coca Zéro, j'ai assez bu pour ce soir.
Le jeune homme la regarda en haussant un sourcil. Elle eut soudain envie de le planter là avec son air moqueur et suffisant mais quelque chose lui disait de rester. 
-Bon je pense qu'on a des petites choses à se dire tous les deux tu ne penses pas ?
Toujours incapable de prononcer un mot, Clémentine déglutit difficilement et opina du chef. Elle commençait vraiment à avoir chaud et ne parvenait pas à le regarder en face, préférant se concentrer sur son verre de coca. Un certain malaise planait dans l'air sans que l'un ou l'autre ne puisse y faire grand chose. Le jeune homme tenta tout de même d'engager un peu la conversation. Son air suffisant et moqueur avait disparu pour laisser place à un visage plus fermé, plus timide. Il ne cessait de triturer sa bague depuis qu'il s'était assis près de la jeune libraire. Lui qui était d'habitude si confiant voyait toute son assurance disparaître quand il se trouvait près d'elle, sans qu'il ne puisse se l'expliquer. Il s'efforçait de paraître confiant mais la réalité était toute autre. Jamais il ne s'était sentit aussi vulnérable que près d'elle et cela l'effrayait grandement. Il se décida néanmoins a prendre son courage à deux mains comme il venait de le faire en commandant deux autres verres ou comme il l'avait fait la semaine dernière avec le coup du dessert, pour engager la conversation.
-Je m'appelle Grégoire au fait.
-Clémentine. Mais je suppose que tu le savais déjà.
Elle avait été sèche sans vraiment le vouloir mais n'avait pas pu s'en empêcher. Cet homme faisait monter en elle un tas de sentiments qu'elle ne parvenait pas à s'expliquer ni à maîtriser et elle avait horreur de ça.
-C'est vrai que j'ai une longueur d'avance sur toi puisque j'ai vu tes papiers d'identité... Tiens voici les miens pour que tu puisses rattraper ton retard !
Il fit glisser jusqu'à elle sa carte afin qu'elle prenne connaissance des informations qui y étaient inscrites. La jeune femme ne pu réprimer un sourire. Elle aimait bien sa répartie maladroite qui montrait bien qu'il n'était pas plus à l'aise qu'elle. Elle aurait pourtant juré le contraire l'autre soir, mais comme elle n'avait aucune indication sur son état d'esprit elle avançait à l'aveugle. Clémentine ne pu résister à l'envie de jeter un coup d'œil à ces papiers bien qu'ils ne puissent pas lui apprendre grand chose sur le jeune homme hormis son adresse, son âge ou sa taille. Elle découvrit qu'il vivait dans un petit village voisin, qu'elle connaissait très bien pour y avoir passé la majeur partie de ses étés avec ses amies. La jeune femme resta bouche bée quand elle remarqua qu'ils étaient nés le même jour, dans la même ville à deux ans d'intervalle. « Le monde est bizarrement fait » pensa-t-elle. Après cette rapide inquisition elle lui rendit ses papiers et reprit une gorgée de soda tandis qu'il essayait de s'expliquer par rapport aux événements de la semaine précédente.

Clémentine l'écoutait d'une oreille tandis qu'il lui expliquait le pourquoi du comment il s'était retrouver à la suivre la semaine dernière, et la rassura sur ses intentions. Mais à mesure qu'il parlait elle sentait une angoisse sourde monter en elle et bientôt elle ne supporterai plus de se trouver dans la même pièce que lui. La jeune femme réussit à se contenir jusqu'à ce qu'il termine ses explications et une fois que ce fut fait elle paya rapidement la barmaid et se tenta de se frayer un chemin jusqu'à la sortie. Grégoire essaya de la retenir, en vain. Elle esquivait tout contact corporel, sachant très bien comment elle allait réagir lorsque leurs deux peaux entreraient en contact. La jeune femme trouva le courage de marmonner un léger « désolée » avant de s'enfuir de l'établissement sans plus d'explications, laissant derrière elle un jeune homme totalement déboussolé. Il la regarda partir, les bras ballants, sans oser se lancer à sa poursuite. Il venait juste de lui expliquer que depuis leur « rencontre » un peu plus d'un mois auparavant son image ne cessait de revenir le hanter. Il avait l'étrange impression que tous deux étaient destinés à accomplir quelque chose ensemble. Aussi bizarre que cela puisse paraître il était intimement convaincu de cela et n'avait pas hésité à le lui dire au risque de passer pour un fou. Il s'était à nouveau excusé pour la frayeur qu'il lui avait infligé l'autre soir et n'avait fait que répéter ce qu'il avait écrit dans son mot, ne sachant pas quoi ajouter de plus. Il n'avait pas non plus cessé d'essayer de lui prouver ses bonnes intentions comme il le pouvait, sûrement un peu maladroitement, mais il avait tout essayé.

Après le départ de la jeune femme, Grégoire resta encore un peu au bar bien décidé à en apprendre plus sur cette mystérieuse jeune femme totalement insaisissable. Il voulait en savoir plus sur sa personnalité, son caractère pour pouvoir l'apprivoiser la prochaine fois qu'il la verrait. Lui qui avait toujours eu une facilité déconcertante à cerner les autres et à nouer des liens avec eux, sentait que la jeune femme allait lui donner du fil à retorde. D'abord parce que toute son assurance disparaissait dés qu'elle était près de lui et ensuite parce qu'il ne parvenait pas à entrer dans sa tête comme il y arrivait avec les autres et ça, c'était un sacré problème. Il avait d'abord cru que c'était à cause de cette marque qu'elle avait laissé sur son bras la première fois qu'ils s'étaient vus et qui avait fait disparaître toutes ces facultés mentales hors normes, mais entre temps il les avait retrouvées et rien n'avait changé. Elle possédait donc quelque chose qui l'empêchait de rentrer dans sa tête et il était bien décidé à découvrir quoi.

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