Musique proposée : No Escape : Genesis (Instrumental) - Tommee Profitt. (En média).
A force de courir comme des dératés, West a fini par lâcher mon bras pour attraper ma main. Avec sa paume contre la mienne, je ne cherche pas à comprendre où nous allons, je me contente d'accélérer quand il accélère, de tourner quand il tourne et de me cacher quand il se cache. Je sens la tension le parcourir de part en part à chaque fois que nous croisons une voiture et mon cœur fait une embardée à chaque fois que les sirènes hurlent dans notre dos. Je ne sais pas combien de temps nous avons passé à fuir, tout ce que je sais, c'est que je suis concentré sur la chaleur de sa peau contre la mienne pour ne surtout pas avoir à faire face à la réalité. L'adrénaline pulse dans mes veines et si je pense à mes émotions maintenant, je ne serais probablement plus en mesure de les contrôler.
Bien que ses doigts se resserrent parfois autour des miens, West jette régulièrement un coup d'œil vers moi, comme pour vérifier que je suis toujours là ou que je tiens toujours le coup et ça me fait chaud au cœur. C'est dans ce genre de situation que je me rends compte à quel point le flic bluffait. A quel point un garçon aussi rassurant, bienveillant et protecteur que West ne peut pas avoir tué quelqu'un de sang froid. L'agent voulait coffrer « le petit prodige d'Eleven Stars » pour se faire bien voir auprès de son patron et des médias, donc passer un accord en sa faveur lui était impensable, voilà tout. Il pensait sûrement que j'abandonnerais l'idée de sauver West de la prison s'il arrivait à me faire croire que c'était un monstre, mais il ne m'aura pas. Je sais que mon coéquipier ne pourrait pas être capable d'une chose pareille, je ne peux pas l'imaginer l'être. De nombreux flashes s'imposent alors à moi, me rappelant sa gentillesse, son authenticité, ses gestes doux et toute sa générosité. Me rappelant que c'est quelqu'un de bien. Ses prunelles brillantes d'une inquiétude sincère, alors qu'il se retourne une énième fois vers moi, me le confirment : ce n'est pas un meurtrier.
― Tu nous ouvres ? articule mon camarade, le souffle court.
Je dévisage West quelques instants, ne comprenant pas immédiatement ce qu'il attend de moi. Ma respiration est encore plus sifflante que la sienne et mes poumons sont à deux doigts de rendre l'âme, je décide donc de prendre encore quelques minutes pour reprendre mes esprits. J'observe les alentours en m'appuyant contre le mur de l'immeuble, sans réussir à contrôler l'air qui circule un peu trop vite à l'intérieur de mes voies respiratoires et reconnais les volets noirs toujours clos de ma voisine d'en face. Le temps de me calmer, je me concentre sur la surface décrépie de la maison de cette vieille dame en la revoyant se plaindre de tout. C'est bien simple, cette septuagénaire ronchonne à chaque fois qu'elle en a l'occasion. Elle râle quand il a du bruit, quand il fait trop chaud, quand il pleut, quand les adolescents sortent... Je crois qu'au fond, c'est pour ça qu'elle m'est sympathique. Parce qu'elle ne pense pas tout ce qu'elle dit.
Au contraire, elle adore ce quartier, elle aime contempler la pluie depuis son porche, elle aime écouter le bruit du vent caressant le feuillage orangé de l'érable sous lequel elle s'assoit en été et elle aime aussi entendre les rires des gamins qui s'amusent dans le skate parc d'à côté. Je suis certain qu'elle ne pourrait pas se passer de toutes ces petites habitudes qui font de son quotidien ce qu'il est. D'ailleurs, si l'une de ces choses venait à disparaître, je suis persuadé qu'elle bougonnerait parce que ce n'est plus là.
On doit tous êtes un peu comme ça, au fond. On est tellement accoutumé à voir les mêmes choses, à entendre les mêmes sons, à parler aux mêmes personnes, à vivre de la même façon qu'on oublie que sans tout ça, on serait complètement déboussolé. Cette femme âgée est la seule de mes habitudes qui est restée totalement intacte et c'est sûrement pour cette raison que tout mon petit monde a volé en éclats, parce que c'est tout mon rituel quotidien qui s'est fait la malle. Il ne me reste plus grand-chose pour me permettre de ne pas perdre l'équilibre, je n'ai plus de pilier inébranlable sur lequel m'appuyer, tout a été modifié. Et quand tout change, j'ai l'impression de ne plus avoir de repères, de ne plus rien connaître d'assez solide pour m'abriter.
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N'aie Pas Peur
ActionNelson Mandela a dit que le courage n'était pas dénué de peur, mais composé de notre aptitude à la surmonter. Je ne crois pas qu'il ait raison. Je n'ai pas vaincu ma peur, je ne suis pas passé au-dessus des tremblements qui ravageaient mon corps. J...
