Figé devant le miroir de la salle de bain, les mains agrippant avec fermeté le rebord du lavabo, Léon observait son reflet d'un œil inquiet.
Là, sur son torse et presque jusqu'à ses clavicules, avait poussé une épaisse fourrure grise, et cela sans même qu'il ne le remarque - du moins, jusque maintenant. Il se souvenait très bien ne pas avoir eu ça sur son torse ce matin ni les précédents jours, d'ailleurs. C'était arrivé comme par magie ; une magie vile.
Par curiosité, Léon tenta d'arracher quelques poils, mais renonça bien vite ; et pour cause, cela faisait un mal de chien. L'adolescent resta donc encore quelques instants à observer son torse par le biais du miroir, ne sachant pas vraiment comment il devait réagir. Il avait bien penser à en parler à sa mère, mais il avait bien vite écarté cette idée-là. Il était préférable de garder ça pour lui, au risque de donner l'impression d'être devenu fou et de passer le réveillon de Noël à l'hôpital.
"Je suis quand même pas entrain de me transformer en loup là... si ? articula faiblement l'adolescent."
Et si c'était vraiment le cas ? Est-ce qu'il ne serait pas entrain de devenir, petit à petit, un animal sauvage ? Et si le fait qu'il se transformait en loup la nuit avait des répercutions sur le long terme ? Dans ce cas là, les saignements de nez qui l'avaient prit sans aucune raison et les hallucinations dont il avait été victime le soir de sa fugue et le jour de la sortie au lac étaient expliqués, même si...
Même si voir Lucas près des mines ou Martin sur les rives du lac me semblaient si réel...
Non, cela ne devait pas être ça, cela ne pouvait pas être ça, le mentor le lui aurait dis, à lui et ses amis, il les aurait prévenu...
Et s'il nous mentait, justement ?
Avec ce qu'ils avaient découvert samedi dernier durant leur pique-nique, il avait de quoi en douter... Pourtant, au fond lui, Léon croyait encore que tout cela n'était qu'une pure et simple coïncidence. Cet homme, ce Gregor Mastema avait tant fait pour eux et pour lui ! Il l'avait aidé à se sortir de son coma et les avait aidé par la suite à contrôler leurs pouvoirs ! Pourquoi aurait-il caché son jeu ? C'était impossible qu'il fasse parti de cette secte, improbable.
S'il en faisait parti, nous serions morts depuis longtemps déjà.
Léon ne se sentit par rassurer par sa conscience. Lui qui avait durant toute sa vie cru que ces fidèles du diable n'étaient qu'une stupide invention de la part des jeunes de la ville avait découvert en moins d'une heure qu'ils existaient bel et bien, et qu'ils étaient même les coupables de tous ces meurtres ; les capes blanches le prouvaient.
Mais alors pourquoi en avoir trouvée une chez le mentor ? Lui-même disait vouloir protéger cette ville ! C'est bien pour cela qu'il nous a aidé, non ? Putain, ça n'a pas de sens !
Pour se faire taire une bonne fois pour toute, il plongea sa tête dans ses mains ; l'image de Lucas, puis de Martin, puis de Maya, puis du mentor vinrent tournoyer autour de lui.
Tout ce qui avait été dis durant ce samedi vingt-et-un décembre tournait en boucle dans sa tête sans qu'il ne parvienne plus à penser à autre chose. Il avait beau essayer, tout finissait toujours par revenir sur l'image d'un Gregor Mastema couvert de sang, traitre et ayant entre ses griffes... Maya.
Leslie Wheeler toqua à la porte de la salle de bain ; Léon, qui était plongé dans ses pensées, sursauta et fit volte-face.
"Tout va bien mon grand ?
- Ou-oui... ! bégaya le concerné en attrapant sa chemise qui trainait sur le rebord du lavabo.
- Tu es sûr ? Ca fait déjà un bon bout de temps que tu es enfermé dans la salle de bain.
VOUS LISEZ
Nuits Pourpres
Mystery / ThrillerDans la petite ville de Sunset Valley, Maine, quatre adolescents qui n'ont apparemment rien en commun découvrent après de sombres incidents auxquels ils sont intimement liés qu'ils se transforment, une fois la nuit venue, en thérianthropes sauvages...
