💙Chapitre 44 (Thibault)

39 5 0
                                        

Thibault, mains dans les poches, marchait le long de la Sunset Wood Road, au milieu de la vaste forêt de conifères bercés par la bise d'un automne mourant. Il était neuf heure du matin et Thibault avait croire à ses parents qu'il partait faire un jogging avant de rejoindre ses amis, même s'il en concluait que ses parents étaient restés sceptique quand à cette excuse car jamais Thibault ne se levait un samedi matin avant au moins dix heures. Mais ils n'avaient rien dit et Thibault se retrouvait donc au milieu de Sunset Wood sans aucune peur - la bestialité de ses lieux étaient imprégnés en lui, désormais - marchant en direction du lac et du grand manoir victorien de Gregor Mastema. Celui-ci les avait appelé les quatre amis hier soirs alors que chacun rentraient de leur première semaine de cours en leur rappelant de venir chez lui le samedi neuf novembre - soit le lendemain - dès neuf heures trente du matin. Comme les autres, Thibault n'avait pas pu posé les questions qui lui trottait que déjà la ligne s'était coupée.

C'est ainsi qu'il marchait d'un air grognon et encore ensommeillé en direction du Nord-Ouest. Il finit par rejoindre l'allée en terre qui menait jusqu'à la grande maison en bois peint sombre. Les bows-windows et les fenêtres de la haute tour octogonale d'angle semblaient former des yeux noircis par de gros rideaux pourpres. Sur la plus haute flèche du toit tournoyait au grès du vent la girouette en forme de chauve-souris, le tout dans un couinement métallique glauque.

Quelle baraque... ! Songea Thibault en relevant la tête. Pire que la mienne, et pourtant la mienne c'est déjà un niveau... Comment Maya peut vouloir vivre ici ?

Se répondant que Maya n'avait dans tous les cas pas le choix de vivre ici ou non, Thibault rejoignit le large porche et tira sur la cloche d'entrée en bronze. Il attendit quelques secondes avant que le mentor en personne vienne lui ouvrir, grand de toute sa hauteur et revêtu d'un costard noir. Il se pencha légèrement en avant, semi rictus aux lèvres, intimidant au plus au points Thibault qui fit un pas en arrière.

"Eh bien, monsieur Gordon, vous êtes presque en retard ! Tous vos amis sont déjà là, aller, entrez, ne restez pas sur mon pauvre porche."

Le mentor se mit de côté et tendit sa main en direction du bout du riche couloir au parterre en marbre blanc et noir. 

"Ils sont dans le second salon, au bout du couloir à gauche. J'aimerais vous faire visiter mon immense demeure mais j'avouerais que le temps nous manque cruellement."

Thibault resta de glace et avança le long du couloir. Les murs étaient tapissés de riches reliures en bois massif et en tapisseries, de larges lustres d'argent pendaient au plafond et les lieux étaient encombrés parmi des tonnes de meubles, de papiers, d'objets et de grigris étranges.

"Ne faites pas attention à cela, Fit le mentor en lui ouvrant la marche. L'ancien propriétaire m'a laissé toute sa collection d'objets et je n'ai pas encore eu le temps ni la force de tout débarrasser. Vingt pièces à nettoyer ça n'est pas rien !"

Ils finirent par entrer dans le salon, vaste pièce composée d'une cheminée, d'un billard, de larges bibliothèques, d'un meuble à alcools et de grands sièges en cuir noir. La lumière extérieure entrait par de hautes fenêtres à demi dissimulées par les larges rideaux bruns et pourpres. Maya, Charlie et Léon étaient assis dans ces fauteuils autour d'une table basse sur laquelle se trouvait trois verres de jus de fruit encore pleins et un quatrième verre vide.

"Un verre de jus d'ananas, monsieur Gordon ? Il paraît que ce jus vaut mieux encore que le jus d'orange pour ce qui est de la vitamine C.

- Euh oui, je veux bien.

- Salut Thibault !"

Thibault salua ses amis mais n'osa pas regarder Léon. La dernière fois qu'ils s'étaient vu, Thibault avait enfoncé son poing dans la figure de son ami et avait lâchement fuit... Durant toute la semaine il l'avait évité au lycée mais il savait pertinemment qu'aujourd'hui il ne pourrait pas faire cela. C'était en partie pour cela qu'il était d'humeur si grognonne. 

Nuits PourpresDes histoires addictives. Découvrez maintenant