"Joyeux Noël, papa.
- Joyeux Noël, Charlie."
Père et fille levèrent leurs verres de punch aux épices puis burent une longue gorgée. Jean-Philippe, qui tournait autour de leurs pieds en remuant la queue, s'était vu affublé d'un bonnet de lutins et en semblait très satisfait. La chaîne hi-fi de Charlie, qu'elle avait apportée de sa chambre et posée sur la commode du séjour, diffusait dans toute la pièce des chants de Noël, et ce depuis deux bonnes heures déjà. En ce moment, c'était l'album Everyday Is Christmas de Sia qui passait.
"Tu veux aller à l'église ? Demanda Charlie. Pour la messe de minuit ?
- Quoi ? Oh, non, je suis bien trop sage pour ça, désormais. Noël ici est bien mieux, et puis je te paris qu'ils n'ont pas de sièges aussi douillet et de sapins aussi beaux que les nôtres, dans leur église."
Charlie rit aux éclats. Elle savait mieux que quiconque qu'il n'y avait rien de plus laid que leur vieux sapin en plastique remonté du garage, mais la tentative de compliment de son père lui était précieuse : de toute manière, ils n'avaient plus assez d'argent pour s'acheter un véritable sapin - surtout depuis l'incendie du dépôt de bois, étrangement.
"Bon, reste ici, je vais amener le repas.
- Je peux aller au balcon ? Tu sais, pour voir les décorations des maisons voisines.
- Bon, d'accord, mais prends ce plaid, ou tu vas chopper la crève !
- J'ai déjà survécu à une attaque et un arrêt cardiaque, Charlie, je ne crois pas pouvoir craindre quoi que ce soit de plus."
Charlie sourit et le regarda sortir par la fenêtre du salon. A peine eut-il disparu qu'elle sentit les tremblements la prendre à nouveau ; elle avait dû baisser le chauffage. Elle se leva, gagna la cuisine et sortit du frigo six pauvres huîtres. Elle n'avait pas pu acheter de foi gras, ni même de champagne. Tout ce qu'elle s'était contenté de faire, c'était des sablés de Noël, un punch aux épices et, en guise de dinde, un poulet avec quelques marrons en conserve. Voilà ce qu'était leur Noël, désormais ; dans un appartement miteux, avec des guirlandes décolorées, un pauvre repas de cantine et deux pauvres cadeaux emballés par des restes de journaux cachés sous son lit. Heureusement pour, elle, le Dr. Norrington l'avait croisé dans la matinée à la boulangerie et lui avait offert une bûche glacée .
Charlie ouvrit les huîtres et, alors qu'elle ouvrait la poubelle, tomba sur les cinq enveloppes du propriétaire destinées à son père qui le menaçait d'expulsion d'ici une semaine. Elle les observa, tremblante de colère, puis referma la poubelle.
Notre dernier Noël ici, Songea-t-elle en contemplant la pièce. Le plus miteux et le plus pauvre Noël passé ici, sans grand-mère et sans maman. Dégustons bien ces huîtres, car dans une semaine nous serons à la rue, dans le froid de l'hiver !
Elle aurait pu repenser à ce qui l'avait menée là, à toutes les rumeurs qui couraient sur elle depuis la mort de sa mère et depuis le début de ces meurtres, mais ne le fit pas. C'était inutile, inutile car ce n'était pas en regrettant de ne pas avoir trouvé de nouveaux boulots pour arrondir (non, sauver) les fins de mois qu'elle allait changer quoi que ce soit. Le mal était fait, fait par tous, par personne mais fait quand même. Désormais, il fallait trouver une solution au plus vite, trouver de l'aide au plus vite et...
Et avouer à papa que nous allons devoir quitter l'appartement.
Un poids atroce lui noua l'estomac. Il lui faisait tant de mal, depuis ces derniers jours, qu'elle en avait presque oubliée ses hallucinations, sa fuite de chez Lila et cette effroyable journée au lac passée avec ses amis où elle avait découvert, où elle avait compris que...
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Nuits Pourpres
Gizem / GerilimDans la petite ville de Sunset Valley, Maine, quatre adolescents qui n'ont apparemment rien en commun découvrent après de sombres incidents auxquels ils sont intimement liés qu'ils se transforment, une fois la nuit venue, en thérianthropes sauvages...
