70. Épilogue

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L'air est doux en ce début de printemps. Mes cheveux valsent de part et d'autres de mon visage, dans un chorégraphie brouillonne. L'air marin emplit mes narines et je me sens respirer profondément. Le paysage est comme dans mes souvenirs, époustouflants. Au loin, une épaisse masse bleu scintille à l'horizon. Les bateaux affluent sur la mer comme sur un trottoir new-yorkais en pleine heure de pointe. Adossée contre la rambarde, je ne loupe pas une miette de ce spectacle saisissant. Les palmiers bruissent derrière moi. Le bruit des grillons est constant mais réconfortant. Je pourrais finir mes jours ici, pensé-je. J'ai l'impression qu'à cette endroit, toute ma vie se recolle comme un puzzle. Rien n'est plus grave désormais. Les épreuves, les pertes, les abandons, ont une signification différente. J'accueille toutes mes émotions et me concentre enfin sur la suite.

Deux bras musclés et sombres viennent encercler mon corps. Son odeur flotte autour de moi et mon ventre se tord délicieusement. Je laisse mon dos contre son torse et m'y blotti avec candeur. Le monde peut s'arrêter de tourner, au moins l'espace d'un instant, parce que je tiens là mon accomplissement. Sa bouche vient s'échouer dans mes boucles indisciplinées. Nous observons cette vue à couper le souffle qui prend vie sous nos pieds. La falaise culmine à quelques mètres de hauteur conférant à mon esprit un sentiment de grandeur.

Derrière nous, la vie semble s'agiter. Je me retourne vers Nour, consciente que notre moment à deux devra prendre fin très bientôt. Il semble du même avis que moi et prolonge son étreinte pour en savourer chaque seconde. Lorsque j'entends le bruit d'un tintement, je ne peux m'empêcher de froncer les sourcils. Soudain, la main de Senghar quitte mon ventre. Son geste est précis et calculé. Instantanément, ses doigts remontent devant mes yeux tenant un objet métallique. Des clés. J'éclate de rire. Je m'en saisis sans me faire prier. Si la dernière fois, j'avais refusé tout net, il est hors de question que cette fois-ci je fasse demi-tour. Les choses sont différentes. Il n'existe plus de mensonges pour scléroser cette relation. Évidement que je les accepte ! En les observant, je me rends compte que ce ne sont pas n'importe quelles clés. Je comprends que c'est le sésame de cette maison, nichée au dessus de la mer Méditerranée. Des mois de rénovation ont été nécessaire pour en faire ce sanctuaire de paix. Je dois dire que le résultat est à la hauteur de ce que j'imaginais. Rien d'ostentatoire. Pour une fois. Une jolie maison du sud, tout de pierres et de volets azurs, qui se font totalement dans la roche. La végétation a été préservée. C'est sur cette terrasse en travertin provençal, que notre famille et nos amis sont agglutinés.

Aujourd'hui est un jour particulier.

Ce matin, j'ai enfilé une petite robe blanche cette fois-ci. Toute simple. À mon image. Et j'ai dit oui devant le maire à l'accent chantant. J'ai dit oui à Nour Senghar. Le mec du lycée qui projetait son destin sur un terrain de football. Celui que j'ai aimé passionnément à l'adolescence et qui m'a fait vivre les affres du manque et du désarroi. Celui pour qui j'aurais été prête à tout, même jusqu'à m'inventer une histoire de vengeance, à risquer ma carrière, dans l'unique but de comprendre pourquoi il m'avait laissé un beau jour de fin d'été. Maintenant que j'ai toutes mes réponses, je crois que mes désillusions valaient la peine d'être vécue, si c'est pour me tenir ici, avec lui.

- Je pourrais demander un transfert pour jouer ici. Me dit-il sérieux.

Il n'en est pas question mon pote, songé-je. On a choisi Paris. Il y a dix ans déjà. Et aujourd'hui plus encore. Pas parce que l'air y est plus sain qu'ici. Mais parce qu'un grand talent s'exprime dans un grand stade, pour des grands championnats. Et tant qu'il est possible de faire danser ce virtuose, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'il fasse enfin les bons choix. Je crois qu'il sait.

- Vous venez ? Crie Selim au loin.

Nour s'éloigne de moi, réajustant sa veste de costume. Loin du bling-bling, il a l'air d'une jeune homme à son premier évènement public. Quand l'arrogance quitte ses traits, sa sincérité et son élégance sont perceptibles. Sa main se joint à la mienne et nous avançons de concert vers nos invités.

Ma mère se tient au côté de Gilles, émue. Elle me sert l'avant-bras avec ferveur. Quant à la maman de Senghar, je crois que son coeur est en paix. Son éternelle sagesse résonne en moi. Je suis heureuse de faire partie de sa famille.

Rafi, lui, se tient en retrait, observant la scène avec une mine décontracté et joyeuse que je ne lui connaissais pas. Sa bouche s'étire en nous regardant le rejoindre. Je pourrais lui dire mille fois mercis d'avoir été le garde fou de Nour pendant toutes ces années, mais je n'en ai pas besoin. Je sais qu'il sait. Plus loin, Selim s'enquiert de draguer la jolie serveuse embauchée pour l'occasion. Mél et Ugo sont en grande discussion avec Aristote Leidmann.

Quand celui-ci nous voit, il s'approche discrètement de mon oreille et me glisse - tu fais toujours un article sur Senghar ? Ses yeux bleus sont hilares et je ne peux m'empêcher de rire moi aussi. Vous m'en voulez ? Demandai-je.

- Bien-sûr que non, chipie !

Voilà. Les éléments sont à leur place. Comme je l'ai toujours voulu.

La soirée commence à battre son plein. L'air est doux. La musique remplit l'espace. Mes lèvres gouttent pour la énième fois le champagne qui réchauffe mes pommettes. Je me sens bien. À l'extérieur de la terrasse, j'observe ce petit monde se mouvoir gentiment. Lorsque Yuri décide de s'installer à mes côtés. Je ne sais pas combien de coupes il a bu, mais il semble légèrement alcoolisé ce qui ravive son teint de porcelaine. Bien que notre distance se veut des plus professionnels, il me prend par les épaules, comme une vieille camarade. Mon corps se raidit légèrement à ce contact, mais je ne manque pas de trouver la situation drôle. Ce qui l'amuse également.

- Mara, j'ai entendu dire que la fédé de baskets à des soupçons sur des matchs truqués... balbutie t-il.

Mon esprit est piqué au vif.

- Quel genre de soupçons ? M'enquit-je.

Ses épaules se haussent et son air est perplexe.

- À toi de le découvrir Mara. Claironne t-il gaiement. C'est mon cadeau de mariage...

Je ris sincèrement. Il me connait si bien. Je suis amoureuse certes... mais je suis Soisek Mara, journaliste spécialisée dans le sport pour la rédaction d'un quotidien national qui se vend à plusieurs milliers d'exemplaires quotidiennement. Et je vis pour déterrer des scoops qui servent à changer le visage du sport. Hors corruption. Assainir le milieu. Pour laisser aux sportifs le droit de pratiquer leur art sans nuisance extérieure. Et d'aimer qui ils veulent... 




FIN.


"Quand on renonce à aimer pour choisir ce que l'on croit être la sagesse, quand on oublie que la vie est un acte d'amour, un jour vient où l'on découvre que l'on a perdu." Martin Gray "Le livre de la vie" (1976)



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PS : il y a le mot de la fin dans la chapitre suivant... 

Soisek - dix ans plus tard -  | Terminée |Des histoires addictives. Découvrez maintenant