Je n'avais pas prévu de le revoir si vite après les quelques révélations faites semaine dernière. J'ai évité soigneusement ses appels incessants, n'ait répondu à aucun de ses messages et j'ai fait mine de ne pas entendre la sonnette de mon appartement alors même que la lumière y brillait à l'intérieur. Il ne m'a pas lâché d'une semelle. Et j'ai bien cru qu'il allait poster l'un de ses sbires devant chez moi pour me forcer à lui adresser la parole. Je suis à peu près sûre que Selim ait intervenu pour calmer le jeu. Mon silence est une punition que je compte bien faire perdurer. À ceci près que le scoop que me réclame mon chef ne vas pas se trouver dans les recoins sombres de mon petit apparement. J'ai besoin d'en connaître plus sur l'ennemi pour être en mesure de le faire tomber. Je me demande encore quelles sont mes motivations. Qu'est-ce que j'y gagne ? Des mecs puissants comme James Savage, il en existe pléthores dans le football. C'est même une marque de fabrique. Dès que l'argent fait son entrer dans l'équation alors plus rien n'est juste. Qu'est-ce que j'y connais finalement à ce monde là ? Je n'en vois que la façade : la beauté du sport. C'est ce que je sais faire de mieux que d'en parler. Derrière le rideau en revanche, je n'ai pas la moindre idée des tractations en cours. Le poisson est bien trop grand pour moi.
Un air de revanche plane sur moi. Et c'est ce qui me donne la motivation nécessaire pour rallier les éléments entre eux et faire tomber cet enfoiré. Si je ne cautionne pas les agissements de Nour, cela n'excuse en rien qu'un mec comme Savage se soit servi de moi pour obtenir ce qu'il voulait. J'aurais pu perdre beaucoup plus que la confiance et l'amour. Mais je le tiens pour responsable de l'immense chagrin qui a bercé les dix dernières années de ma vie comme un compagnon de galère avec lequel j'ai pris goût à vivre.
Une voiture m'attend devant la porte de chez moi. Je ne prends plus le métro depuis que les photos sont apparus partout sur papier et sur internet. Je me sens sans cesse traquer par la curiosité des gens. Mon nom a bien entendu filtré partout dans la presse. Et comme c'était à prévoir, j'attends que le soufflé retombe de lui-même, sans donner plus de grain à moudre qu'il ne le faudrait. C'est le message que j'ai fait passé à Selim pour qu'il en informe Senghar. Je ne souhaite pas qu'il parle de moi à la presse, ni qu'il s'explique sur ses réseaux sociaux. Je veux ne pas exister. Comme c'était le cas il n'y a pas si longtemps. C'est lui qui m'a envoyé un chauffeur. J'imagine que c'est une maigre consolation.
Le véhicule roule au travers de la capitale en ébullition. La fin de journée a sonné pour chacun d'entre nous et les automobilistes se bousculent dans les rues. Je ne prête pas attention à la circulation, ni à l'effervescence ambiante. Je triture les paumes de mes mains avec une anxiété que je reconnais bien. Je me demande comment je vais faire pour m'attaquer à un homme puissant comme Savage. Je connais mes capacités à déterrer les mauvais secrets. Mais on risque gros sur ce coup.
Lorsque j'arrive devant l'imposant immeuble, mon coeur tape de plus en plus fort dans ma poitrine. À chaque fois que je m'y rends j'ai l'impression d'y laisser un petit bout de mon âme. Je sais que rien n'est anodin. Que même si je le voulais très fort, le résultat finit toujours pas m'égratigner un peu plus. L'ascenseur me transporte à l'étage de mon hôte. Avec une rapidité qui ne m'arrange guère. J'avale plusieurs fois ma salive pour me donner une contenance. J'essaye de reprendre le pouvoir sur mes émotions mais c'est une tâche ardue.
Comme c'était à prévoir, il m'attend dans l'encadrement de la porte. Je n'ai même pas le temps de sortir de l'ascenseur que déjà ma vision se brouille au travers de la sienne. Ce magnétisme est déroutant parce qu'il agit peu importe les conséquences. Il est là. Et je ne peux rien faire contre si ce n'est le laisser agir impuissante. Ses yeux sombres sont captivants et je ne sonde jamais totalement ce qu'il se cache juste derrière : envie, regret, arrogance ?
J'avance d'un pas assuré vers lui pour le devancer et entrer dans l'appartement. Nour se plaque contre le mur à mon passage évitant ainsi à nos deux corps d'entrer en contact. On dirait l'un et l'autre qu'on sait que se piquer à nos épidermes est bien la dernière chose à faire.
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Soisek - dix ans plus tard - | Terminée |
Romanzi rosa / ChickLitSoisek Mara est journaliste sportive pour un grand quotidien national. Déterminée, calme, mélancolique, elle partage sa vie entre son job et ses quelques amis, une existence normale qui cache souvent des tourments enfuis. Et lorsque le meilleur jou...
