53. La loge

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Le match commence en milieu d'après-midi. La ferveur se sent aux quatre coins de la principauté. Je profite de la matinée pour me promener sur le rocher où la vue est imparable. Perchée sur ce morceau de cailloux, je laisse mon regard se fondre dans l'horizon, sans penser à rien. Mes jambes m'emmènent dans les dédales de la vieille ville et je me surprends à me prendre pour une parfaite touriste. J'aurais adoré être là en tant que simple visiteuse. J'aurais sûrement pu éviter d'avoir l'estomac noué. Avant de redescendre, je m'arrête un instant pour contempler encore une fois la vue, côté port. Un mélange gracile de buildings et de bateaux luxueux. En prenant cette hauteur, j'ai l'impression d'observer le monde en simple narrateur. J'aimerai avoir le pouvoir de tirer moi-même les ficelles. De ne plus jamais me laisser surprendre par les intentions des autres. Par celles de Nour en premier lieu. Je sais qu'il est là en bas, quelque part. Savoir que sa présence est aussi tangible et que l'on continue à ne jamais croiser nos chemins depuis tant d'années, me semble assez révélateur. Si l'on cherche un signe pour prouver qu'on a rien à foutre trop près l'un de l'autre, c'est l'exemple parfait.

Je rejoins Selim, à deux pas du stade Louis-II. Bien moins imposant que ne l'est celui de Paris, il trône fièrement en plein milieu de l'effusion monégasque, ce qui lui confère un avantage : cela invite plus volontiers au voyage que le stade Parchamps. En partant ce matin, j'ai failli oublier ma carte de presse, acte volontaire ou non, l'histoire ne le dit pas. Le sésame est bien entre mes mains et au moment de pénétrer dans l'enceinte du bâtiment, j'entends déjà la clameur de la foule se fracasser sur les murs en guise d'écho. La fin de journée s'annonce euphorique. Je peine à savoir si j'arrive à me projeter ou non dans cette ambiance de stade qui me plaisait pourtant tant quand j'étais petite. Je crois que je vais me contenter de ne pas créer d'émule et me concentrer sur ce que je sais faire.

En ralliant le carré réservé aux journalistes, je croise mon confrère Martin, confortablement installé sur son siège, calepin en main. Il semble lui même dans un état de transe si semblable à tous les supporters de football de la planète. Notre petit sanctuaire médiatique se trouve sur la partie basse du terrain côté Ouest. D'aussi près, on peut voir les joueurs des deux équipes entrés sur le terrain et deviner l'expression de chaque visage. C'est une sorte de tour de contrôle parfaitement placée pour faire le job à merveille. Aucune action ne peut alors passée en dessous des radars. Martin me scrute de haut en bas, comme il le fait à chaque fois qu'une femme entre dans le même espace que lui. Si il n'était pas aussi sûr de lui, peut-être qu'il aurait mérité qu'on s'y attarde. Selim qui se tient juste à côté de moi, crispe sa mâchoire et sert les poings à chaque fois qu'il est en sa présence. L'ambiance est quelque peu survoltée. La seule chose qui peut les mettre d'accord, c'est le résultat du club Parisien. Si le groupe de Senghar gagne ce soir, alors il y a fort à parier que leur petite animosité ne perdure pas - tout du moins jusqu'à la prochaine fois.

Toujours est-il que je fais mine d'ignorer leur petit combat et me concentre sur l'environnement autour de moi. Les supporters ont presque tous envahi le stade Louis-II. Un corner est réservé aux partisans parisiens. Il est situé face à moi. Reconnaissable par la couleur rouge brandit en signe d'appartenance. Beaucoup de monde s'est déplacé dans la principauté pour voir jouer Paris. Les meilleurs de la ligue qui confrontent l'équipe de Monaco, c'est un spectacle qu'on ne rate pas ! Plusieurs de mes homologues prennent place tout autour. Comme Selim et moi, ils ont été mandatés par les différentes rédactions qui régissent l'actualité sportive au niveau international. On se connait tous plus ou moins. Parfois certains mieux que d'autres. Je baisse mes yeux sur les notes que j'ai prises entre hier et aujourd'hui pour étayer notre article. Concentrée sur ma tache, je ne remarque pas les mouvements sur le terrain. Ce n'est que lorsque le speaker hurle le prénom de Senghar, que je relève brusquement la tête.

Soisek - dix ans plus tard -  | Terminée |Des histoires addictives. Découvrez maintenant