OS 8

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NATIONAL CITY — 21H43

La pluie tombait, froide et ininterrompue. Dans une ruelle aux murs suintants, à l’arrière des boulevards de la vieille ville, les gyrophares découpaient la nuit en éclats bleutés. Kara Danvers se tenait là, carnet trempé à la main, les lunettes embuées, les yeux fixés sur le corps étendu sous une bâche grise.

Vingt-cinq ans. La victime avait vingt-cinq ans.

Comme les autres.

Elle se redressa lentement. Sa mâchoire était serrée, son visage fermé, presque figé. Même sans activer ses pouvoirs, elle entendait, quelque part derrière, les sanglots étouffés d’un père qu’on venait de détruire. Ce meurtre n’était pas le premier. Et chaque fois, cela devenait plus personnel. Plus sombre. Plus difficile à supporter.

Elle referma son carnet. Elle ne sentait plus ses doigts.
Elle se noyait. Lentement. Mais sûrement.

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APPARTEMENT DE LENA — LE LENDEMAIN

La cafetière sifflait doucement dans la cuisine. Lena versa deux tasses, même si elle savait pertinemment que Kara n’aurait rien mangé. Comme la veille. Comme tous les soirs de cette semaine.

La porte s’ouvrit brusquement. Kara entra, trempée, cernée, l’air hanté. Son manteau de terrain lui collait au corps, et l’odeur de pluie et d’asphalte froid la suivait comme une ombre.

— Tu es venue, souffla Lena en lui tendant une tasse.

— J’ai cinq minutes.

— Tu t’es regardée ? Tu tiens à peine debout.

Kara l’ignora, s’installa, but quelques petites gorgées sans vraiment y prêter attention. Lena s’assit face à elle, le regard calme en surface, mais profond, tranchant.

— Tu vas te tuer à ce rythme-là.

— Ce n’est pas moi qu’on assassine dans les rues, répondit Kara, d’un ton morne.

— Non. C’est toi qui t’y perds.

Un silence glacial s’installa entre elles.

Lena soupira.

— Tu refuses mon aide. Tu t’épuises. Tu disparais sans prévenir. Et tu me regardes comme si j’étais l’ennemie.

— Je ne veux pas te mêler à ça, Lena. Cet homme… il est dangereux. Il a laissé un message cette nuit. Mon nom dessus. Mon nom de journaliste.

Lena blêmit légèrement. Elle se redressa.

— Il sait qui tu es ?

— Pas encore. Mais il sait que je le cherche. Et ça suffit.

Lena fit quelques pas, la tasse serrée dans ses doigts.

— Alors je viens avec toi.

Kara se leva aussitôt, comme piquée.

— Non. Non, Lena. Tu n’imagines pas… je…

— Tu quoi, Kara ? Tu vas faire ça seule ? Encore ? Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce qu’on te retrouve sous une bâche, toi aussi ?

Sa voix avait tremblé. Juste un instant. Kara le sentit. Et cela la déchira. Parce que dans ce tremblement, il y avait de la peur. Et de l’amour.

Mais Lena ne savait pas.

Et Kara ne pouvait pas lui dire.

Parce que si Lena savait… elle saurait tout. La cape. Les pouvoirs. Les mensonges.

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