Partie 6

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La nuit avait avancé sans qu'aucune d'elles ne remarque vraiment le temps. Dans l'appartement plongé dans une semi-obscurité, seules quelques lampes diffusaient une lumière douce, presque floue, comme si le réel lui-même hésitait à se rendre visible.

Alex faisait les cent pas. La tablette dans sa main clignotait doucement, les analyses tournant en arrière-plan, mais elle ne la regardait plus depuis un moment. Elle jetait parfois un coup d'œil vers Kara. Puis détournait aussitôt les yeux, comme si elle n'osait pas fixer trop longtemps cette sœur qu'elle avait juré de protéger.

- Tu trembles, fit doucement Lena.

Alex sursauta. Elle ne l'avait pas entendue s'approcher.

- Je vais bien, répondit-elle, un peu trop vite.

- Non, Alex. Tu ne vas pas bien. Tu ne contrôles rien, pas cette fois, et tu le sais.

Elle planta son regard dans celui de l'agent du DEO. Ce n'était pas un reproche. Juste une constatation. Une vérité nue.

- Elle est au bord du gouffre, ajouta-t-elle plus bas, en désignant Kara d'un mouvement du menton. Tu crois que je ne le vois pas ? Tu crois que je dors, la nuit ? Elle serre les dents pour que je n'entende pas ses cauchemars.

Alex serra la mâchoire. Sa main se crispa autour de la tablette. Elle ne dit rien. Pas tout de suite.

- Je l'ai déjà perdu une fois, murmura-t-elle finalement. Quand elle est arrivée, gamine, paumée, tombée du ciel avec des morceaux de monde brisés dans les yeux... J'ai mis des années à l'aider à trouver sa place. Et là, j'ai l'impression de la voir glisser entre mes doigts à nouveau. Pas à cause d'un ennemi. À cause de tout ce qu'elle essaie de retenir pour que personne ne tombe avec elle.

Elle s'interrompit. Sa voix vacillait.

- Si quelqu'un découvre ce qu'elle est... ce que vous cachez toutes les deux... ce que vous partagez même sans oser le nommer... Ils la détruiront, Lena. Et je ne pourrai rien faire. Rien.

Un silence.

Puis Lena hocha lentement la tête.

- C'est pour ça qu'il faut aller au bout. Aiden, Tom, tous les autres... ils n'auront aucune pitié. Moi si. Moi, je peux me salir les mains. Je n'ai jamais prétendu être une héroïne.

- Et tu crois que ça va suffire ? demanda Alex, presque avec colère. T'as beau effacer les caméras et pirater les serveurs, Lena, on parle d'une guerre psychologique. D'un théâtre où vous êtes les actrices... et les cibles. Chaque mouvement est déjà anticipé.

- Alors je vais improviser, souffla-t-elle.

Et elle s'éloigna, droite, implacable. Mais derrière ses pas résonnait quelque chose de moins sûr. Une fissure intime. Un espoir dangereux.

Kara était restée en retrait, assise sur le bord du canapé, le regard perdu dans les traits du plafond. Elle suivait tout. Elle entendait chaque mot, chaque doute, chaque peur. Mais elle ne savait plus exactement où poser la sienne.

Quand Lena revint vers elle, elle leva la tête, forçant un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.

- Tu tiens le coup ? demanda Lena à mi-voix.

- Tu me connais. Je tiens jusqu'à ce que ça craque.

Un rire bref, sans joie. Lena s'assit près d'elle, sans toucher sa main cette fois. Juste la proximité, chaude et silencieuse.

- Tu ne devrais pas toujours me suivre, tu sais, souffla-t-elle. J'ai peut-être tort. Peut-être qu'Alex a raison. Peut-être que tout ce que je fais, c'est précipiter notre chute.

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