Partie 8

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National City - Deux semaines plus tard

Le bruit, la lumière, les visages. Le retour à la normale. Ou presque.

Kara était rentrée chez elle avec Lena. Enfin, pas chez Lena, pas encore. Mais elle y passait presque chaque nuit. Officiellement, elles travaillaient sur le rapport du projet Philippines. Officieusement… elles s’apprivoisaient. Chaque soir, un peu plus. Chaque soir, un peu mieux.

Mais rien n’était simple.

Les regards croisés au bureau. Les "rien ne se passe ici" échangés en silence. Les caresses discrètes sous la table. Et cette peur que Kara sentait encore, parfois, dans la tension de la mâchoire de Lena, dans ses silences soudains.

Jusqu’à ce soir-là.

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Un vendredi, tard.

Kara sortait de CatCo. Elle avait un sac de nouilles à la main, et le cœur trop agité pour appeler Alex. C’était Lena qui tournait dans sa tête.

Elles s’étaient à peine vues de la semaine. Et chaque message échangé portait la même ambivalence : "Je pense à toi" mêlé à "On a trop à faire." Kara ne voulait pas la brusquer.

Mais elle mourait d’envie de la voir.

Alors elle se retrouva devant son immeuble sans trop savoir pourquoi. Peut-être pour entendre sa voix. Peut-être pour être rejetée. Peut-être juste pour vérifier qu’elle lui manquait aussi.

Quand Lena ouvrit, elle portait un vieux t-shirt noir et un chignon secoué. Elle s’arrêta net.

— Kara…

— Je peux te voir ? murmura Kara. Juste… te voir.

Lena ne répondit pas. Elle ouvrit simplement la porte.

Elles ne parlèrent pas beaucoup au début.

Kara posa les nouilles, s’assit sur le canapé. Lena vint s’asseoir à côté d’elle. Et pendant quelques secondes, tout fut suspendu.

— Tu es venue pourquoi ? demanda Lena enfin.

Kara la regarda.

— Parce que je n’arrête pas de te chercher, partout où je vais.

Lena ne bougea pas. Puis, très lentement, elle posa une main sur la sienne.

— Moi aussi, Kara. Mais je crois que j’ai toujours peur.

— De quoi ?

— Que tu décides que c’était… temporaire. Que maintenant que tu vas mieux, tu n’aies plus besoin de moi.

— Tu sais ce que j’ai ressenti, là-bas ? Quand j’ai cru te perdre dans la jungle ? C’était pas de la panique. Pas vraiment. C’était… du vide. Comme si mon corps refusait d’exister sans toi dedans.

Lena la fixait, incapable de parler.

— Je suis venue parce que… j’ai plus envie d’avoir peur. Parce que j’ai passé ma vie à fuir ce que je ressentais. À croire que c’était plus simple. Et puis tu m’as regardé. Et j’ai compris que je voulais pas d’une vie simple, que je te voulais toi.

Un souffle. Une seconde d’absolu.

Puis Lena l’embrassa. Profondément. Férocement.

Elles glissèrent l’une contre l’autre avec une impatience retenue trop longtemps, comme si chaque baiser disait reste, comme si chaque soupir voulait dire tu es chez toi.

Elles firent l’amour avec cette fièvre tendre des gens qui ont trop attendu.

Et après, alors que Kara dessinait des cercles sur la clavicule de Lena, elle murmura :

— Je vais te le dire tous les jours, jusqu’à ce que tu le crois.

— Me dire quoi ?

— Que je ne suis pas tombée amoureuse de toi là-bas. Que je suis tombée amoureuse de toi ici, partout. Et que j’ai juste arrêté de me cacher là-bas.

Lena ferma les yeux, une larme glissant dans ses cheveux en bataille.

— C’est trop, Kara.

— Jamais assez.

Elles s’endormirent ainsi, entremêlées, le cœur lourd d’amour, et l’esprit plein d’avenir.

_

Il y a des choses qui commencent au milieu d’une tempête, et qu’on croit trop belles pour survivre au calme.

Mais certaines promesses ne se noient pas.

Elles rentrent avec nous. Elles s’accrochent. Elles poussent, même quand on ne les regarde pas.

Et parfois, elles nous sauvent.

✌🏻

OS SuperCorpOù les histoires vivent. Découvrez maintenant