Partie 3

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Kara tapait du pied doucement, en rythme, assise dans le bureau feutré du directeur de l’hôpital. Le soleil filtrait à travers les stores, dessinant des lignes pâles sur la moquette sombre. Elle n’avait dormi que quelques heures, et encore, un sommeil morcelé, agité. Le genre de nuit où l’on repasse chaque geste, chaque mot, à l’infini.

— Vous êtes tendue, docteur Danvers, fit remarquer le directeur en s’installant en face d’elle, une tasse de café à la main.

Elle redressa les épaules, esquissa un sourire.

— Juste un peu fatiguée.

— Rien de grave, j’espère ?

— Non, non. Juste… la garde.

Il hocha la tête, compréhensif, et posa une tablette sur le bureau.

— Justement. C’est de ça que je voulais vous parler.

Kara fronça légèrement les sourcils, attentive.

— Je vous observe depuis plusieurs jours. Votre rigueur, votre calme, votre humanité. Vous êtes respectée par vos pairs, écoutée… même les internes s’ouvrent à vous avec une aisance que peu provoquent.

— Merci… je ne fais que mon travail.

— Justement. C’est pour ça que j’aimerais vous proposer autre chose. En plus de votre pratique.

Elle pencha légèrement la tête.

— Je vous écoute.

Il fit défiler quelques notes sur sa tablette.

— L’hôpital traverse une phase délicate. Entre la surcharge des services, les départs précipités, les burn-out… J’aimerais mettre en place un dispositif préventif. Quelqu’un de confiance, du métier, avec une écoute réelle, qui pourrait prendre le pouls de nos chirurgiens tous les trimestres. Une sorte de relais entre les équipes et la direction. Un référent santé mentale et bien-être.

Kara ouvrit la bouche, la referma.

— Vous voulez que… je sois le psychologue de tout cet établissement ?

— Pas du tout. Vous ne remplacerez pas le service de santé au travail. Mais vous serez là pour ouvrir la parole, détecter les signaux faibles, faire remonter ce qui ne se dit pas. Vous connaissez les couloirs, les regards, les silences et vous avez été une chirurgienne. C’est ce qui vous rend légitime.

Elle fixa un instant la surface du bureau, songeuse.

— Je n’ai pas été formée à ça.

— Justement. C’est votre sincérité, votre capacité d’écoute, votre instinct… c’est ça qui compte. Vous seriez accompagnée, bien sûr. Mais je crois que vous êtes celle qu’il faut.

Kara resta silencieuse un instant. Des visages lui traversèrent l’esprit. Aiden, usé. Pauline, la voix toujours trop tendue. Même Lena, avec ses silences millimétrés et son dos droit comme un mur.

— Et si personne ne veut me parler ?

— Ils vous parleront. Peut-être pas tout de suite. Mais ils savent que vous comprenez. Que vous tenez. Que vous êtes là.

Elle inspira doucement.

— D’accord. Je peux essayer.

Le directeur sourit.

— Parfait. Je vous enverrai les modalités. Le premier rendez-vous de cadrage est fixé vendredi prochain, avec les chefs de service. Et ensuite, vous serez libre de définir votre méthode.

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