Partie 4

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Il s'était passé quelques semaines après les événements précédents. Kara et Lena ont doucement tissé un lien, encore fragile, encore flou, mais réel. Et tandis que le monde extérieur continue de juger, de scruter, de questionner… les lignes se tirent, les loyautés se testent.

Dans les bureaux de CatCo, l'écran de l’ordinateur affiche un document titré “LENA LUTHOR : AU-DELÀ DE L’HÉRITAGE”.

Kara fixe le curseur qui clignote. Elle a déjà relu son texte une centaine de fois. L’article est prêt. Et magnifique. Mais elle hésite.

Un bip sur son téléphone :
“Cat : J’ATTENDS TON PAPIER. Pas demain. Pas ce soir. MAINTENANT.”

Kara soupire. L’ironie, c’est que pour une fois, elle n’a pas eu besoin d’inventer quoi que ce soit pour captiver. Lena s’était laissée écrire, lentement, par tous ses silences.

Quelques heures plus tard chez Kara, Alex est là. Pile à l’heure, comme toujours. Une bouteille de vin à la main, des plats asiatiques à emporter dans l’autre.

- J’ai enfin eu le temps de lire ton papier. Il est… Magique.

Kara s’immobilise, baguettes en main.

- Tu le penses ?

- C’est pas une flatterie. Tu as trouvé quelque chose… d’intime. On sent que tu l’as observé, pas seulement étudié. C’est ce qui rend le texte aussi… humain.

Kara sourit. Juste un peu. Puis Alex ajoute, plus sérieusement :

- Mais je me demande si tu n’as pas, parfois, un peu trop enjolivé cette humanité.

Un silence léger, tranchant s'installa.

- Tu crois que j’ai menti ?

- Pas menti. Adouci, peut-être. Oublié certaines parties. Tu n’as quasiment rien dit sur Lex. Ni sur le passé de Lena avec Cadmus. Tu as parlé de ses initiatives sociales, de son courage face au conseil d’administration… mais rien sur les dossiers plus ternes.

- Parce que ce n’est pas ce que je voulais montrer. Tout le monde connaît la version de Luthor Industries que les journaux adorent. J’ai voulu écrire autre chose.

- Tu l’as écrit avec ton cœur, Kara. Et c’est beau. Mais est-ce encore du journalisme, ou bien… quelque chose de plus personnel ?

- Tu parles comme si je devais me justifier de la connaître et de l’apprécier, claqua-t-elle un peu sur la défensive.

- C’est pas ça. Mais tu ne peux pas nier que tu t’attaches vite. Que tu veux voir le bien, même là où il y a des angles morts.

- Et tu ne peux pas nier que tu ne vois encore en elle qu’une Luthor. Comme tout le monde, dit-elle plus froidement.

Alex reste silencieuse. Kara se lève, fait les cent pas.

- Tu sais ce qui me terrifie ? Ce n’est pas ce que les gens pensent d’elle. C’est ce que je commence à ressentir. Et à quel point je suis incapable de poser des mots dessus sans qu’on me rappelle ce qu’elle porte sur son nom.

- Tu tombes amoureuse d’elle ?

Kara reste muette. C’est déjà une réponse.

- Alors dis-le. Pas à moi. À elle. Parce que si tu fais tout ça, cet article, ces silences, cette protection… et qu’elle ne sait pas ce que ça te coûte, ce que tu risques…

- Ce que je risque ? Non mais tu entends ce que tu dis ?

Alex s’adoucit. Se lève à son tour, lui prend doucement le bras.

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