La lumière crue du néon zébrait le plafond de la salle d'observation. L'endroit était étrangement calme, presque trop. Ni bip, ni voix, ni urgence. Seulement cette table d'opération vide, ces instruments posés sur un drap bleu, factices pour certains, désactivés pour les autres. Juste assez réels pour en rappeler le poids.
Kara était arrivée en avance. Elle avait veillé à ce que tout soit prêt : salle verrouillée, caméras désactivées, pas de badge activé autre que le sien. Une bulle hors du temps, pensée pour Lena.
Quand cette dernière entra, elle s'arrêta sur le seuil.
- C'est étrange... sans personne, sans lumière d'alerte... on dirait presque une pièce morte.
- Ce n'est qu'un décor, murmura Kara en s'approchant lentement. Rien n'est activé. Vous êtes seule ici. Aucun risque.
- Sauf moi, souffla Lena.
Kara ne répondit pas. Elle l'invita d'un simple geste à avancer. Lena hésita, puis franchit le seuil. Le claquement de ses talons sur le sol résonna plus fort qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle portait un pantalon sobre, une blouse neutre, sans écusson ni prénom. Ni médecin, ni patiente. Juste elle.
- Vous n'avez rien à faire, Lena. Pas aujourd'hui. Il ne s'agit que de regarder. De ressentir. On s'arrête quand vous le dites.
Lena s'avança lentement vers la table. Son regard dériva sur les instruments. Une pince. Une compresse. Une seringue vide.
- C'est étrange... l'autre jour, je n'ai pas osé les toucher. Je croyais que c'était de la peur. Mais là, c'est pire. Ce n'est pas une peur... c'est une absence. Comme si rien en moi ne répondait plus.
- Et pourtant vous êtes là.
- Peut-être pour me prouver que je ne le suis pas vraiment.
- Ou pour voir si quelque chose revient.
Kara parlait doucement, comme on parle à une bête blessée. Ou à quelqu'un qui risque de s'écrouler au moindre mot. Elle restait en retrait, les mains croisées devant elle, à une distance qui n'était ni trop proche, ni trop lointaine.
- Vous pouvez vous asseoir, si vous préférez, dit-elle.
- Non. Je veux rester debout. Je veux... je veux voir ce que ça fait de rester debout.
Elle tendit la main. Lentement. Sans toucher. Son doigt frôla presque la pince. Elle s'arrêta à un centimètre.
- Il y a eu un moment, dit-elle à voix basse, juste après... où je me suis dit que j'aurais préféré que ce soit moi, sur la table. Plutôt que de vivre avec ça.
Kara se tendit. Ne bougea pas. Mais son cœur se serra brutalement.
- Et maintenant ? demanda-t-elle.
- Maintenant je suis venue ici. Avec vous. Et... je me demande si j'ai vraiment le droit de redevenir ce que j'étais.
Kara s'approcha d'un pas. Pas plus.
- Ce n'est pas une question de droit, Lena. Vous ne devez rien à personne, sauf à vous-même. La salle est vide. Il n'y a pas de regard, pas d'attente. Vous pouvez poser la main. Ou sortir. Et les deux seraient une victoire.
Lena ferma les yeux. Respira doucement. Puis rouvrit les paupières.
Elle posa la main.
D'abord sur le bord métallique de la table. Puis sur l'instrument le plus anodin : une compresse roulée.
Un frisson la traversa. Mais elle ne recula pas. Elle resta là, le regard fixé sur cet objet banal, presque ridicule.
- J'ai cru que j'allais vomir, souffla-t-elle.
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OS SuperCorp
FanfictionCeci est un recueil d'OS plus ou moins longs, les personnages principaux resteront les mêmes, Lena et Kara. Il y a 30 OS, 150 "chapitres", c'est un peu long pour des os mais oklm, ça passe le temps.
