Partie 5

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La vie continuait. Enfin, en apparence.

Lena arrivait chaque matin à la Luthor Tower avec la même précision, le même port de tête droit, le même regard clair et incisif. Elle donnait ses directives, assistait aux réunions, corrigeait les prototypes, répondait aux journalistes. Tout était sous contrôle. À croire qu’elle n’avait pas été brisée il y a de cela deux soirs.

Mais tout sonnait creux.

Elle n’avait pas dormi vraiment. Pas mangé autrement qu’à demi. Tout ce qu’elle touchait depuis que Kara était partie lui paraissait faux, fragile. Même le café avait perdu son goût. Même son reflet, dans la vitre de son bureau, semblait lui échapper.

Elle relut un e-mail deux fois mais ne comprit rien alors elle soupira.

Son assistante frappa timidement.

— Vous avez demandé le rapport de R&D pour 10h, mais ils auraient besoin d’une heure de plus.

— Très bien, dit-elle sans vraiment entendre. Dites-leur de me l’apporter avant midi.

Lena attendit que la porte se referme, puis se leva, fit quelques pas jusqu’aux grandes baies vitrées.
Son bureau surplombait National City. L’immensité urbaine, si vaste d’habitude, lui sembla soudain bien trop vide.

Elle se surprit à scruter le ciel. À chercher un éclair rouge et bleu.
À attendre.

Mais Kara ne venait pas. Supergirl non plus.

Elle appuya son front contre la vitre.

— Tu me manques, souffla-t-elle, comme un aveu pour personne.

Un sentiment inattendu montait en elle. Pas juste la colère. Pas juste la trahison. Un chagrin bien plus ancien. Celui de n’avoir jamais été celle à qui on fait vraiment confiance.
Pas comme ça. Pas jusqu’au bout.

Lena inspira profondément.
Elle ne pleurerait pas. Elle s’était promis de ne plus pleurer pour personne.

Mais sa main, elle, trembla.

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Le vent fouettait doucement ses cheveux, perchée sur un gratte-ciel, cape battant dans la nuit.
La ville sous elle brillait de mille lumières, mais aucune ne parvenait à lui éclaircir l’esprit.

Elle avait sauvé deux immeubles en feu, arrêté un braquage, rattrapé un tramway lancé à pleine vitesse. Mais rien n’apaisait cette brûlure intérieure. Rien ne calmait ce qu’elle avait vu dans les yeux de Lena, quelques soirs plus tôt.

Ce n’était pas de la haine. Ce n’était même pas une vraie colère. C’était une déception pure. Silencieuse. Glaciale.

Kara serra les dents.

Elle aurait préféré qu’elle crie. Qu’elle la frappe. Qu’elle dise que tout était fini. Mais Lena ne l’avait pas fait. Elle lui avait seulement demandé de partir. Avec cette voix calme, brisée, comme si elle laissait tomber quelque chose qu’elle n’osait plus porter.

Et Kara… elle était partie lâchement. Par peur.

Elle ferma les yeux, la gorge nouée.
Elle se détestait.

Un bruit léger sur le toit. Ce n’était rien, un chat sans doute. Mais elle tourna la tête. L’espoir était une chose stupide, mais il avait pris racine.

Rien. Bien sûr.

Elle soupira, s’assit sur le bord du bâtiment, les jambes dans le vide. Puis sortit son téléphone.
Pas pour appeler. Juste pour relire leurs messages. Ceux d’avant. Ceux où Lena lui envoyait des photos de son déjeuner, ou des notes scientifiques absurdes, ou des emojis de chat en colère.

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