Partie 2

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Trois jours plus tard - 21h47

Le ciel de National City était bas, noir et moite. Une tempête menaçait sans vraiment éclater, comme si même la météo retenait sa colère.

Kara volait depuis des heures.

Pas le costume ce soir. Juste elle, sans le « S ». Juste un costume d'entraînement du DEO. Elle avait entendu la fréquence d'urgence en passant au-dessus du quartier industriel : explosion dans un ancien entrepôt, possible fuite chimique. Les pompiers tardaient, et les unités spéciales étaient trop loin. Alors elle y était allée. Instinctivement. Comme toujours.

Mais elle était lente.
Plus lente qu'avant.

Elle sentit l'impact avant même de voir le projectile. Quelqu'un l'attendait. Quelqu'un qui savait. Un piège. La détonation la projeta à travers les caisses en feu. Le souffle coupa son vol, la cloua au sol.

Le goût métallique du sang remonta à sa gorge.

Elle tenta de se relever, mais un second choc l'atteignit dans le dos. Un éclat de kryptonite, peut-être. Elle n'en était plus sûre. Tout devenait flou.

Elle pensa à Alex.

Puis à Lena.

Et juste avant que l'obscurité ne l'engloutisse, elle sentit sa main effleurer sa hanche.

Son dernier geste fut d'appuyer sur le bouton du bracelet.

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Pendant ce temps, dans le bureau désert de L-Corp, Lena ne dormait pas. Évidemment.

Elle tournait en rond. Un verre à moitié plein sur la table basse. Des plans éparpillés sur le canapé. Son ordinateur allumé sans qu'elle le regarde.

Elle se leva. Ses doigts glissèrent machinalement sur son poignet.

Tu m'as menti. Tu m'as tout caché.

Mais elle ne l'avait remis quand même.

Et puis soudain, le bracelet vibra.
Un signal bref. Sec. Unique.

Lena se figea.

Une seconde. Deux. Trois. Son cœur s'arrêta, repartit.

Non. Non...

Elle attrapa son téléphone. Hésita. Appela Alex. Répondeur.

- Putain.

Elle courut vers le placard. Une valise d'urgence, un prototype de scanner portatif. Les dernières coordonnées GPS du bracelet s'affichèrent sur son écran.

Zone industrielle nord. Signal vital instable.

Ses mains tremblaient. Mais son corps, lui, bougeait vite. Très vite.

Elle ne savait pas si Kara vivait encore.

Mais elle allait le découvrir.

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Les gyrophares étaient encore loin. Trop loin.

Lena gara la voiture n'importe comment, les portières restées ouvertes, la valise claquée au sol. L'odeur de brûlé lui piqua les narines. La chaleur ondulait encore dans l'air. Elle entra dans l'entrepôt comme on entre dans un cauchemar.

Le sol était jonché de métal fondu, de morceaux d'armature calcinés. Le feu avait été là. Et quelque chose d'autre aussi. Quelque chose de précis, de calculé.

Son scanner en main, elle s'orienta à l'instinct. L'écran bipa une fois. Puis une deuxième.

Puis elle la vit.

Kara, étendue entre deux piliers à demi écroulés. Le costume déchiré, la joue entaillée, les cils lourds de cendres. Une de ses jambes semblait coincée sous un morceau de poutre. Et du sang. Trop.

- Non... non non non non...

Lena courut jusqu'à elle, s'agenouilla sans même sentir les braises sous ses genoux.

- Kara ?... Hé... c'est moi... c'est Lena, tu m'entends ?

Un gémissement. Léger. Mais il était là.

La Super tourna faiblement le visage. Ses yeux s'ouvrirent d'un demi-millimètre, vitreux, flottants.

- Lena...

Sa voix était rauque, comme usée par le feu.

- Je suis là, je suis là, je te tiens... Ne bouge pas, surtout pas, tu entends ? Tu n'as pas le droit de bouger, Kara.

Elle sortit un petit appareil de sa valise, scanna rapidement les blessures. L'écran affichait des mots que Lena ne voulait pas lire. Contamination partielle à la kryptonite. Détérioration musculaire. Fracture ouverte.

- Merde... Qui a fait ça ?

Mais Kara secoua faiblement la tête. Son regard ne quittait pas le sien.

- J'ai cru... que tu ne viendrais pas.

- Tu m'as appelé. Tu crois vraiment que je t'aurais laissé là ? Kara, je-

Elle s'arrêta. Les mots s'étranglèrent dans sa gorge.

Ses mains s'étaient posées sur les joues sales de la jeune femme, ses pouces effleurant ses tempes.

- Tu es une idiote... Une fichue idiote. Pourquoi tu es venue seule ? Pourquoi sans ton costume ? Tu te prends pour qui ?

- Pour... une menteuse. Pour quelqu'un qui... l'a bien mérité.

- Arrête. Tais-toi. Tu n'as pas le droit de dire ça.

Les larmes lui montaient. Pas à Kara. À Lena.

- C'est moi... qui ai appuyé, balbutia Kara. Par réflexe. J'ai pas... réfléchi. Je voulais pas que tu viennes.

- Trop tard, soupira Lena en secouant la tête. Je suis là maintenant. Et je ne repars pas sans toi.

Elle s'agenouilla plus près encore, glissant un bras sous ses épaules. Kara gémit de douleur.

- Je vais te sortir de là. Je t'emmène à la tour. J'ai ce qu'il faut pour soigner ça. Tu vas t'en sortir.

- Tu trembles...

- Je suis morte de trouille, Kara. Voilà. Ça te fait plaisir ? C'est ça que tu veux entendre ?

Un rire étouffé s'échappa des lèvres de Kara, transformé aussitôt en une toux douloureuse. Du sang au coin de la bouche.

- Pas exactement... mais... un peu, peut-être...

Lena plaqua son front contre le sien.

- Je te jure... si tu meurs maintenant, après m'avoir balancé une vérité pareille, après m'avoir envoyé ce foutu bracelet... Je te tue moi-même. Tu m'entends ?

- Tu... le portes finalement...

- Bien sûr que je le porte, abrutie. J'ai jamais cessé, je le cachais juste bien.

Le silence revint, juste un instant.

Et puis Lena murmura, à peine audible.

- Tu m'as brisé, Kara. Mais si tu meurs ce soir... tu m'achèves.

Kara ferma les yeux. Une larme roula le long de sa tempe.

- J'ai pas l'intention de mourir. Pas si tu... es là.

Lena inspira profondément. Elle activa l'alerte de son bracelet, envoyant les coordonnées à Alex, à la tour, à tous les contacts sécurisés.

Mais elle ne lâcha pas Kara.

Pas une seule seconde.

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