Partie 9

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Quelques jours plus tard, le retour de Lena fut discret. Une ombre de passage dans les couloirs. Aucun éclat. Aucun mot inutile. Mais Kara l’avait vue, de loin. Deux fois. Une dans le jardin. Une dans la bibliothèque de l’aile est.
Et elle l’avait évité. Délibérément. Non pas par peur, mais par prudence. Ce fil qui s’était tendu entre elles ce soir-là, sur le muret, elle ne savait pas encore s’il valait mieux le tendre ou le couper.

C’est finalement Lena qui la trouva.

Un matin, alors que Kara remplissait un dossier dans la salle de pause, le nez dans ses feuilles, une voix calme s’éleva derrière elle.

— Est-ce que vous avez une minute ?

Elle se retourna. Lena. Manteau sur les épaules, cheveux tirés en arrière, plus pâle que d’habitude. Mais le regard clair. Présent. Intense.

— Bien sûr.

Elle s’était levée un peu trop vite. Lena haussa un sourcil, presque amusée.

— Toujours aussi prompte à vous lever pour moi ?

— Je suis polie, répliqua Kara, le sourire aux lèvres. Et je ne fais pas de favoritisme.

— Ah. Dommage.

La réplique était tombée naturellement, mais elle resta en suspens dans l’air entre elles, un peu plus tranchante que prévu.

— Vous vouliez me parler ? demanda Kara pour rompre la tension.

Lena acquiesça, légèrement.

— Je cherche un endroit tranquille. Il paraît que vous êtes la seule à savoir où ils se cachent.

— C’est confidentiel, fit Kara, presque moqueuse. Protocole de sécurité oblige.

— Vous pourriez… faire une exception ?

Il y avait eu une pause dans sa phrase. Un infime changement. Kara le sentit. Elle releva les yeux. Lena la regardait différemment. Plus franchement.

Et puis, ça glissa.

— Très bien, murmura Kara. Suis-moi.

Elle ne s’en rendit compte qu’après.
Le suis-moi. Sans le « vous ».

Lena non plus ne releva pas tout de suite. Mais dans le couloir, alors qu’elles marchaient côte à côte, Kara sentit un sourire discret effleurer les lèvres de Lena.

Et elle sut que c’était noté.

Kara ouvrit la porte d’un vieux bureau inutilisé au fond du couloir ouest. L’endroit avait des allures de refuge : plafond haut, meubles anciens, une grande baie vitrée voilée de rideaux épais, et cette odeur de bois et de poussière propre, comme si l’air y avait vieilli avec élégance. Lena le connaissait déjà très bien, évidemment.

— Personne ne vient ici, dit-elle en refermant la porte derrière elles.

— Un bon choix, souffla Lena.

Kara s’était tournée vers elle. Pas trop près. Pas trop loin non plus. Un juste milieu incertain.

— Vous vouliez de la tranquillité. Voilà.

— Mmm… Ce n’est pas exactement ce que je cherchais.

— Ah non ?

— Non.

Lena s’était avancée dans la pièce, lentement, ses doigts glissant distraitement sur le dossier d’une chaise, effleurant une pile de livres fermée, comme si tout ici n’était qu’un prétexte à ce qu’elle allait dire.

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