Partie 4

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La nuit s'était épaissie, silencieuse, presque irréelle autour d'elles. Seule la respiration régulière de Kara trahissait son sommeil profond. Lena, elle, avait mis du temps à fermer les yeux. Les mots de Kara tournaient encore dans sa tête comme un vertige lent. Je te veux... mais pas au détriment de ce qu'on a. Elle n'avait pas répondu. Pas vraiment. Elle s'en voulait déjà.

Puis quelque chose claqua.

Une bourrasque. Non, une déflagration de vent, si soudaine que les fenêtres vibrèrent. Lena se redressa, encore engourdie de sommeil, le cœur battant. Le grondement se fit entendre la seconde suivante, un tonnerre sourd, qui semblait venir du sol, de l'air, de partout à la fois.

- Kara ?

Pas de réponse. Le lit était vide. Lena sauta à terre, et la pièce fut balayée par une lumière bleuâtre, étrange, irréelle. Un sifflement aigu fusa au loin, comme un cri métallique.

Elle la trouva dehors.

Kara était debout au milieu du jardin, les cheveux balayés par le vent, une main levée comme pour contenir quelque chose. Mais elle chancela. Quelque chose dans l'air craqua de nouveau, un courant si dense qu'il fit reculer Lena d'un pas. Elle hurla son nom.

Le ciel était zébré d'éclairs déments. Pas naturels. Pas d'ici.

Le typhon s'abattit comme une bête folle.

L'arbre en bordure du jardin fut arraché d'un seul coup, propulsé dans un fracas de bois brisé. Kara tenta de le dévier, mais le vent changea de direction à la dernière seconde. Et elle cria.

Le son de sa douleur déchira l'air.

Lena courut.

Elle ne se souvenait pas comment elle avait traversé les mètres qui les séparaient. Ses genoux s'enfoncèrent dans la terre détrempée, ses mains trouvèrent le corps chaud et inconscient de Kara. Du sang. Partout. Sa tempe, son flanc, et cette façon que son bras avait de ne pas bouger, non, non, non.

- Kara... Kara, ouvre les yeux. Je t'en prie, ne me fais pas ça.

Le tonnerre rugissait. La pluie cinglait. Lena hurlait presque, les mains tremblantes, tentant de la retourner, de la secouer, de la ramener. Kara ne bougeait pas.

Et Lena sentit tout céder. Sa voix se brisa. Elle s'effondra sur elle.

- Tu n'as pas le droit. Tu m'as dit que tu voulais pas tout gâcher... Tu crois que je pourrais vivre si tu meurs maintenant ?

Elle pleurait. Incontrôlablement. Des larmes lourdes, sales, furieuses. Elle ne s'en souvenait même pas, la dernière fois que ça lui était arrivé.

Le souffle de Kara revint, d'un coup, saccadé, rauque.

Lena sursauta.

Elle la vit rouvrir les yeux, douloureusement, et sa main chercher à bouger.

- L-Lena ?...

- Je suis là. Je suis là, je suis là, je suis là...

Elle la serra contre elle, sans plus se soucier du sang ou de la boue, comme si elle avait besoin de sentir battre son cœur pour croire qu'il battait encore. Kara gémit doucement.

- Tu m'as fait peur... Tu m'as fait si peur...

Et cette fois, Lena ne chercha plus à être forte. Elle laissa Kara voir. Tout. La panique, les larmes, le soulagement désespéré.

Elle venait de comprendre.

Elle aurait tout donné pour ne pas la perdre. Elle se redressa pour la regarder.

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