Partie 2

168 12 1
                                        


Lundi - 07h46

Le jour s’était levé sans cérémonie.

La lumière passait à travers les rideaux de la chambre, filtrée et douce, comme si le monde lui-même retenait son souffle. Le réveil n’avait pas encore sonné. Mais Kara, elle, était déjà éveillée. Allongée sur le dos, elle fixait le plafond, les bras croisés derrière la tête, le regard perdu dans un point fixe qui ne répondait à rien.

À côté, Lena dormait. Du moins, elle en avait l’air.

Elle s’était retournée au milieu de la nuit, puis avait glissé une jambe sur la sienne sans vraiment s’en rendre compte. Une jambe fine, fraîche, parfaitement inconsciente. Kara n’avait pas bougé. Pas osé.

Le silence entre elles était devenu plus dense que jamais.

Mais ça, c’était avant que l’alarme ne sonne. Pas l’alarme du réveil. Celle de l’immeuble.

— C’est quoi ce bruit ? grogna Lena en se redressant à moitié.

— Une alarme incendie, on dirait, répondit Kara en fronçant les sourcils.

Elle s’était déjà levée, enfilant rapidement son sweat posé sur la chaise.

— Génial, grogna Lena. Parce que la gêne, c’était pas assez. Il fallait rajouter une évacuation de crise.

Elles sortirent de la chambre, enfilèrent des chaussures à la hâte, croisèrent dans le couloir des voisins confus, à moitié endormis. L’un d’eux, en peignoir violet, les informa en râlant que quelqu’un avait cramé des toasts dans le hall commun.

Mais le pire, ce ne fut pas l’odeur de brûlé ni le vacarme de l’alarme.

Ce fut l’annonce faite une demi-heure plus tard par le gardien, en sueur :

— On a un souci électrique avec le système d’aération, tout le monde est prié de ne pas réintégrer les appartements avant la fin de l’intervention. Comptez quelques heures. Peut-être la journée.

Kara croisa le regard de Lena. Elle vit la même chose que dans le sien : un mélange de désespoir… et d’amusement.

— On est coincées dehors, résuma Kara.

— Je n’ai pas de sac, pas de portable, pas de café, pas de dignité.

— J’ai un sweat Star Wars.

— Ce qui, objectivement, est pire.

Mais heureusement, Lena avait toujours un plan B. Une clé d’urgence, rangée dans le double fond de son sac, qu’elle retrouva en râlant.

— J’ai un bureau secondaire. Un appartement de dépannage au-dessus des anciens locaux de L-Corp. Jamais utilisé. C’est pas loin.

— Tu caches des appartements comme d’autres cachent des snacks, souffla Kara.

— On a tous nos faiblesses.

Le fameux appartement était un grand studio, lumineux, avec vue sur les toits. Tout était blanc, minimaliste, froid. Pas un meuble personnel. Juste une bouilloire, un canapé-lit, une table et des stores électriques.

Et un problème de taille : une seule pièce.

— Tu m’emmènes toujours dans des lieux très... intimes, fit Kara en jetant son sac sur le canapé.

— Tu veux rester sur le trottoir avec les pigeons ?

— Tu me vends du rêve.

— Je t’offre de l’eau chaude et des prises électriques. Sois reconnaissante.

OS SuperCorpOù les histoires vivent. Découvrez maintenant