Partie 5

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Le bureau était silencieux. Trop.
Kara avait les mains jointes sur ses genoux, dos droit, le regard fixé sur les pages d’un article qu’elle n’arrivait pas à lire.

Face à elle, Lena.

Pas l’élève brillante, ni l’héritière impeccable.
Mais la tutrice. L’enseignante. Celle qui, aujourd’hui, tenait les rênes. Et elle en jouait. Avec cruauté. Avec soin. Avec désir.

— Kara, tu es ici pour progresser, dit-elle doucement. Mais si tu continues à me fuir du regard, je doute que tu retires quoi que ce soit de cette séance.

Kara ravala sa salive.

— Je ne vous fuis pas.

— Tu ne me regardes plus. Tu m’évites. Tu m’embrasses. Puis tu fuis. Tu ne crois pas que ça mérite un minimum d’explication ?

Elle releva enfin les yeux. Le cœur au bord des lèvres.

— Je n’aurais pas dû faire ça, murmura-t-elle.

— Alors pourquoi tu l’as fait ?

Le silence tomba. Pesant. Chargé.

Lena s’était adossée à son bureau, jambes croisées, une main posée nonchalamment sur sa cuisse. Tout en elle criait le contrôle… sauf ses yeux. Ils brûlaient.

— Kara, je ne suis pas idiote. Tu ressens quelque chose. Et je veux que tu me dises ce que c’est. Ce que tu fuis.

Kara se leva si brusquement que sa chaise racla le parquet.

— Ce n’est pas le moment. Ni l’endroit.

— Tu veux dire… pas dans ce rôle, pas avec moi dans cette position d’autorité ? Ou bien… pas tant que tu refuses de l’admettre ? Que tu m’aimes ? Que tu me désires ?

Kara ouvrit la bouche, mais rien ne sortit.
Son souffle s’était bloqué. Son cœur battait si fort qu’elle avait peur qu’il explose. Que Lena l’entende.

Lena se leva lentement. Très lentement.

— Je ne suis pas venue ici pour jouer avec toi, Kara. Je suis venue pour t’enseigner. Et pour t’apprendre aussi que certaines choses ne se fuient pas. Surtout pas ce genre de vérités.

Elle s’approcha, s’arrêta à quelques centimètres. Sa voix se fit plus basse. Presque une caresse.

— Dis-moi la vérité. Même si elle te fait peur.

— Ce n’est pas la vérité qui me fait peur… souffla Kara. C’est ce que ça changerait.

— Alors laisse-moi te le montrer.

Et là, elle la frôla. Juste un frémissement de doigts contre le poignet. Un contact à peine. Mais c’était suffisant.
Kara ferma les yeux. Sa gorge se serra. Elle recula d’un pas, presque tremblante.

— Si je commence, Lena… Je ne pourrai plus partir.

Lena s’avança d’un pas. Sans la toucher. Mais c’était tout comme.

— Pourtant c'est ce que tu as fait hier, non ? Et qui t’a dit que je voulais que tu partes ?

Kara eut un rire nerveux, douloureux. Elle secoua la tête.

— Parce que je n’ai pas le droit.

— Tu crois que moi, je l’ai ? murmura Lena. Tu crois que je ne me bats pas chaque jour pour ne pas poser mes lèvres sur toi, là, tout de suite, entre deux phrases de ce fichu cours ? Tu crois que c’est facile de te voir lutter, de sentir ton cœur se tendre dès que je m’approche ? Tu crois que ça ne me dévore pas aussi ?

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