OS 16

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Le printemps s’installait sur le campus, paresseux et éclatant, étalant ses couleurs entre les pavillons de verre et les escaliers trempés de soleil. Kara Danvers avait la tête ailleurs, une fois de plus. Son sac en bandoulière glissait sur son épaule à chaque pas pressé, mais elle n’y prêtait pas attention. Elle devait se rendre au bureau du tutorat, et rien que ça, c’était suffisant pour lui nouer l’estomac.

Elle avait reçu le mail deux jours plus tôt.
"Compte tenu de vos résultats en langue, un tutorat individuel a été mis en place pour vous permettre de rattraper votre retard. Veuillez vous présenter au bâtiment A, salle 12, mercredi à 14h."

Le message était neutre. Implacable. Un simple rappel que son rêve de devenir journaliste ne tiendrait pas longtemps face à ses notes de traduction littéraire et d’expression argumentée.

Kara inspira profondément. Elle n’était pas idiote. Elle lisait vite, écrivait avec passion, posait les bonnes questions. Mais face aux subtilités de certaines langues, elle se noyait. Et l’idée de faire perdre son temps à quelqu’un, même payé pour ça, la mettait mal à l’aise.

— Allez, Danvers… C’est pas la mort, murmura-t-elle en poussant la porte de la salle.

Le choc fut immédiat. Assise à une table, élégante et droite comme une ombre chinoise découpée dans la lumière, Lena Luthor leva les yeux de son carnet.

Le monde entier sembla s’arrêter.

— Kara Danvers, je présume.

Sa voix était posée, basse, précise. Et son regard, un vert impossible à soutenir plus de trois secondes sans sentir ses joues chauffer.

— Euh… oui. C’est… c’est moi. Bonjour.

Elle crut mourir de honte en entendant le tremblement dans sa propre voix.

— Installe-toi. Tu es en retard de deux minutes.

Pas de sourire, pas d’agacement non plus. Juste une neutralité glaciale qui n’appelait aucune protestation.

Kara s’assit. Un peu raide, un peu gauche. Elle s’évertua à sortir son carnet de notes comme si cela allait effacer l’impression d’être une première année maladroite face à une déesse grecque spécialisée en sciences appliquées.

Lena tourna une page, annotée de colonnes de mots, de flèches, de lignes nettes.

— J’ai regardé ton dossier. Tu ne manques pas d’intelligence. Juste… de méthode.

— Ah… merci ? tenta Kara, ne sachant pas si c’était un compliment ou un constat d’échec poli.

Lena pencha légèrement la tête, comme si elle examinait une expérience curieuse.

— Et pourtant, tu es première en expression orale spontanée. Très bon score en sport aussi. Escalade, c’est ça ?

— Mmh. Oui. J’aime bien grimper. Enfin, pas grimper n’importe comment, je veux dire… euh… en salle. Sur des parois. Pas sur les gens, hein.

Silence.

Lena haussa un sourcil. Il y eut une fraction de seconde où le coin de ses lèvres bougea. Kara n’aurait su dire si c’était un sourire. Mais c’était… quelque chose.

— Bien. Commençons.

Et elles commencèrent. Des déclinaisons, des constructions de phrases, des conjugaisons que Kara avait toujours prises pour ennemies. Sauf que cette fois, elle écoutait. Pas seulement à cause des explications claires, de la rigueur de Lena ou de ses annotations nettes. Il y avait une forme d’attention, presque imperceptible, dans la manière dont elle s’arrêtait quand Kara fronçait les sourcils. Dans la patience dissimulée sous sa voix tranchante.

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