Partie 5

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Le matin filtrait à peine à travers les rideaux entrouverts. Une lumière pâle, caressante, venait lécher le parquet. Dans le silence, seule la respiration de Lena vibrait contre les draps, plus hachée qu’elle ne l’aurait voulu. Elle était réveillée, depuis longtemps. Bien avant que le soleil ne commence à pointer.

Et Kara… elle aussi l’était.

Allongée sur le côté, elle l’observait sans rien dire. Son visage tout près du sien, son souffle chaud entre deux mèches blondes encore ébouriffées. Lena, elle, restait immobile. Elle avait ce regard fuyant, tendu, presque honteux — comme si elle s’en voulait de s’être offerte, de s’être laissée déborder. D’avoir cédé. D’avoir brûlé.

Elle serra doucement le drap contre elle, sans oser croiser ses yeux.

— Tu veux t’enfuir ? souffla Kara, la voix douce, caressante.

Lena ne répondit pas. Son cœur s’emballait.

— Tu crois que tu as fait une erreur, continua Kara, plus bas encore, en se rapprochant, en posant son front contre le sien.

Cette fois, Lena hocha à peine la tête. Minuscule mouvement. Fragile.

Et Kara sourit.

— Tu n’as pas fait d’erreur, Lena. Tu as été honnête. C’est tout ce que j’attendais.

Ses doigts glissèrent lentement jusqu’à la joue de la brune. Ils effleurèrent, sans presser. Pas de domination. Pas de jeu. Juste une chaleur infinie. Lena rouvrit les yeux, troublée. Ses cils tremblaient légèrement.

— Et si tu crois que tu dois fuir maintenant que je t’ai vue... vraiment vue… eh bien, tu ne me connais pas encore, murmura Kara.

— Tu devrais avoir peur, répondit Lena dans un souffle. De ce que tu as vu. De ce que je peux être.

— Non. Ce que j’ai vu, c’est quelqu’un qui a passé sa vie à se retenir. À se contrôler pour ne pas effrayer. Et cette nuit… tu étais magnifique.

Rougeur immédiate sur les joues de Lena. Elle tourna un peu la tête. Kara se redressa alors, vint poser un baiser au creux de sa mâchoire. Lent. Profond. Chargé de ce qu’elles n’osaient pas encore nommer.

— Je ne suis pas venue pour te faire désirer encore, aujourd’hui, souffla Kara tout contre sa peau. Pas pour t’exciter ou te rendre folle. Je suis là pour t’aimer doucement. Comme tu aurais dû l’être depuis toujours.

Lena déglutit. Elle voulait répondre, dire quelque chose. Mais sa voix était morte quelque part entre ses côtes.

Alors elle fit la seule chose qu’elle pouvait : elle vint chercher la main de Kara et la garda contre elle. Fort.

Comme si elle avait enfin compris qu’elle avait le droit de la garder.

Et Kara, dans un silence tranquille, la regarda sans détour. Plus aucune fuite dans ses yeux. Elle resta là. Présente. Entière. Et Lena, petit à petit, sentit l’apaisement l’envahir. Cette sécurité étrange, cette chaleur nouvelle.

Ce n’était plus un jeu. Ce n’était plus une conquête.

C’était la première matinée du reste de ce qu’elles allaient être.

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Elles n’avaient pas vraiment faim, mais le silence avait besoin d’un geste, d’un rituel. Kara s’était levée la première, pieds nus sur le parquet froid, les cheveux en bataille, une chemise volée à Lena sur le dos. Elle avait préparé du café, silencieusement, avec cette lenteur de ceux qui ne veulent pas brusquer l’instant.

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