OS 17

133 10 0
                                        


Le vent soufflait fort ce soir-là, chargé de cendre et d’odeurs que personne ne prenait plus la peine d’identifier. Kara resserra sa veste autour d’elle, le regard perdu dans l’horizon brumeux. L’école où elle enseignait autrefois n’était plus qu’un souvenir, un squelette de briques dévoré par le silence. Un silence si épais qu’il en devenait presque un bruit.

— Tu comptes rester là encore longtemps ?

La voix douce, légèrement râpeuse de Lena brisa l’air, sans brutalité. Kara tourna la tête, ses yeux d’un bleu presque trop vif dans ce monde gris s’attardèrent sur sa meilleure amie. Elle était belle, même dans cette lumière crue. Même avec les cernes, la fatigue, la peur qui lui creusait les traits. Peut-être même encore plus.

— Je réfléchissais, souffla Kara. À tout ce qu’on a perdu… et à ce qu’on a encore.

Lena s’approcha. Elle gardait toujours une distance. Jamais trop près. Jamais assez près.

— Alors pense à ça plus tard. Viens. On a une session d’entraînement.

Kara esquissa un sourire, presque surpris. Elle savait que Lena détestait se battre. Elle n’était pas faite pour la violence, pour la rudesse, même dans un monde qui n’avait plus grand-chose de doux à offrir.

— Tu es sûre ? On peut faire ça demain, si tu préfères.

— Et si demain, c’est moi qui me retrouve seule, sans toi ? répliqua Lena. Je préfère être prête. Juste… au cas où.

Kara sentit quelque chose se coincer dans sa gorge. Ce « sans toi » lui glaça le dos. Elle hocha lentement la tête, puis prit la main que Lena tendait.

Elles s’étaient installées dans l’ancienne salle des profs, débarrassée des meubles inutiles. Un tapis élimé recouvrait le sol. Kara retira ses bottes, puis fit signe à Lena de l’imiter. La scientifique obtempéra sans un mot, repliant soigneusement les pans de sa chemise blanche dans son pantalon noir. Kara évita soigneusement de regarder trop longtemps cette silhouette qu’elle connaissait par cœur, qu’elle aurait pu dessiner les yeux fermés.

— On va commencer simple, dit-elle en se plaçant face à Lena. Apprendre à tomber, à se relever, à bloquer une attaque. Ça ira ?

— J’ai survécu à deux ans de thèse et à une explosion de labo, Kara. J’imagine que je peux survivre à toi.

Un sourire traversa le visage de l’enseignante.

— Attention, Luthor. Je pourrais me vexer.

— Tu n’oserais pas.

Le premier contact fut bref. Kara saisit le poignet de Lena, doucement, puis pivota pour lui montrer comment se dégager. La peau de Lena était froide. Ou peut-être que c’était la sienne qui brûlait.

— Là, tu bloques ici. Non, pas comme ça… Laisse-moi…

Elle se rapprocha, ses bras glissant le long de ceux de Lena. Son souffle effleura l’oreille de la scientifique.

— Tu dois sentir la pression dans ton coude. Là. Tu sens ?

Lena acquiesça d’un simple hochement de tête. Son visage s’était figé, ses joues colorées d’un rouge pâle. Elle n’osa pas tourner la tête. Kara, si près, la rendait confuse, fébrile. Et elle savait que si elle croisait ses yeux maintenant… elle oublierait pourquoi elle s’était retenue si longtemps.

— Tu es gelée, murmura Kara.

— C’est la fatigue.

— Lena…

OS SuperCorpOù les histoires vivent. Découvrez maintenant