Partie 8

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La lumière était plus douce, ce jour-là. Le ciel d’un gris nacré filtrait à travers les stores vénitiens, projetant sur le sol un damier mouvant. Lena était déjà installée quand Kara entra, pour une fois presque à l’heure. Elle referma la porte derrière elle sans un mot, son visage soigneusement neutre.

— Bonjour, dit-elle finalement, s’avançant d’un pas lent.

— Bonjour Kara, répondit Lena en relevant les yeux, le ton posé, trop posé.

Kara s’installa face à elle, croisant les jambes, son sac posé au sol. Un silence tomba. Non pas tendu, mais dense. Chargé d’un trop-plein de non-dits accumulés.

— Tu veux commencer ? proposa Lena.

Kara haussa les épaules.

— Je pourrais, mais je sens que tu attends quelque chose. Quelque chose que je ne suis pas encore sûre d’avoir compris.

Lena pencha légèrement la tête.

— C’est intéressant. Et qu’est-ce que tu crois que j’attends ?

Kara soutint son regard. Lentement, sans cligner des yeux.

— Que je craque. Que je cède. Que je dise ce que je n’ose pas.

— Et pourquoi est-ce que tu ne le fais pas ?

Un sourire sans joie vint étirer les lèvres de Kara.

— Parce que si je commence, je ne suis pas certaine de savoir m’arrêter. Et j’ai peur que tu t’en serves contre moi.

Lena ne cilla pas. Son silence était une réponse en soi.

— Tu me vois comme une ennemie, alors ?

— Non. Je te vois comme… quelqu’un qui pourrait me briser sans le vouloir. Ou peut-être en le voulant, je ne sais plus.

Lena s’humecta les lèvres. Elle avait mis un tailleur noir aujourd’hui, sans blouse. Rien de médical. Rien pour se cacher. Juste elle, dans toute sa présence magnétique. Kara n’osait pas baisser les yeux.

— Tu m’as dit la semaine dernière que tu me désirais. Que tu voulais que je t’embrasse, et que tu refuserais de parler si je le faisais. Tu maintiens ça ?

Un frisson remonta l’échine de Kara.

— Je crois que je préfèrerais que tu ne poses pas la question cette fois.

— Ce n’est pas comme ça que ça marche.

Kara ferma les yeux une seconde, soupira.

— Oui. Je le maintiens. Et c’est encore pire aujourd’hui. Parce que je ne dors plus. Parce que je pense à toi le soir. À ta voix. À ta bouche. À ta façon de me regarder comme si tu allais m’écorcher. Et je me dis que si je n’étais pas ton patiente, je serais probablement en train de te supplier de rester, de me toucher, de me dire que tu ressens la même chose.

Le silence fut cette fois presque cruel. Lena s’était figée, son visage immobile. Il y avait dans son regard une tension contenue, un feu masqué par une armure de verre.

— Est-ce que tu sais ce que tu fais, Kara ?

La voix était grave, basse.

— Non. Mais je sais ce que je ressens. Et je sais que ce n’est pas juste un fantasme. Je te vois, Lena. Derrière les silences, les protocoles, les regards fuyants. Tu joues avec moi depuis la première séance. Et moi… je laisse faire. Je te laisse gagner du terrain, je mords à l’hameçon, à chaque fois. Tu dis que je te fascine, mais c’est toi qui me rends folle.

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