Partie 2

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L’impression d’avoir oublié quelqu’un

Kara se réveilla en sursaut.
Ses draps étaient trempés de sueur, sa respiration erratique, son cœur battait comme si elle avait couru un marathon.
Elle se leva d’un bond, chancela jusqu’à la cuisine, attrapa son carnet noir, celui où elle gribouillait ses rêves quand ils la secouaient trop.

Un bureau ovale. Une voix grave. Des rires volés dans l’obscurité. Une main sur sa nuque. Et un prénom, qui vibrait dans sa poitrine comme un mot sacré. Elle écrivit : Lena.

Un frisson lui remonta l’échine.

Elle n’avait jamais rencontré de Lena de sa vie.

Du moins, elle le croyait.

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À quelques kilomètres de là, dans un penthouse sans âme au sommet de L-Corp, Lena Luthor fixait son plafond depuis deux heures. Elle n’avait pas dormi.
Ou peut-être avait-elle rêvé trop fort.

Elle s’était vue dans un costume trop sobre, dans une vie trop étroite, piégée entre les murs du pouvoir et le poids d’un monde qui ne pardonnait jamais à ceux qui aiment mal. Et il y avait cette silhouette. Cette femme.
Cette voix douce qui lui disait je t’aime déjà dans la lumière.

Elle avait murmuré ce prénom toute la nuit : Kara.
Encore et encore. Comme un besoin.
Comme un manque.

Lena Luthor ne rêvait jamais.

Jusqu’à cette nuit.

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Ironie du destin, ou mauvais timing : ce jour-là, Kara Danvers avait rendez-vous pour une interview exclusive avec la PDG de L-Corp.

— Essayez de ne pas poser de questions trop… sentimentales, Kara, lui avait soufflé son rédacteur. Elle est brillante, mais glaciale.

Kara n’avait pas écouté. Elle avait ce nom dans le ventre, Lena, et l’envie étrange de comprendre pourquoi son cœur battait plus vite à chaque étage de l’ascenseur.

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La porte du bureau s’ouvrit. Et ce fut là que tout recommença.

Le monde bascula légèrement. Rien de visible. Mais quelque chose en elles se tendit, se reconnut, se souvint.

— Kara Danvers, dit-elle en tendant la main.

— Lena Luthor, répondit l’autre, sans détacher son regard.

Un courant d’air sembla traverser la pièce, ou peut-être juste leur colonne vertébrale.

Kara sentit le monde ralentir. Lena, elle, oublia comment respirer.

Un silence gênant s’installa. Mais ni l’une ni l’autre n’avait envie de le briser. Comme si elles avaient peur de déranger quelque chose. Un souvenir ancien. Ou un futur fragile.

— Je crois que… j’ai déjà rêvé de vous, murmura Kara sans réfléchir.

Le visage de Lena ne bougea pas.

Mais ses pupilles, elles, trahirent tout.

— Moi aussi.

Les premières minutes de l’interview furent floues. Les mots sortaient, les phrases s’enchaînaient, mais rien ne collait vraiment à la réalité.

Kara tentait de se concentrer sur son calepin, mais son regard revenait inlassablement vers cette femme devant elle, Lena, qui parlait d’intelligence artificielle et de philanthropie avec une précision glaciale, sans jamais baisser les yeux.
Ou presque.

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