Partie 3

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Les jours suivants s’étaient déroulés dans un équilibre étrange. Kara s’habituait à ce manoir trop grand, aux couloirs trop silencieux, aux routines de Lena réglées au millimètre près. Elle s’habituait aussi à la suivre partout, à lire ses silences plus qu’à écouter ses mots.

Et Lena, elle, semblait s’accommoder de cette présence constante. Elle ne s’en plaignait pas, ne protestait même pas. Parfois, Kara surprenait dans ses gestes une nuance plus humaine : un sourire fugace quand elle croyait ne pas être observée, une phrase moins tranchante qu’à l’ordinaire.

Mais l’accalmie ne dura pas.

Ce soir-là, elles sortaient d’une réunion tardive à L-Corp. Le parking souterrain résonnait du bruit de leurs pas, Lena avançait vite, pressée de quitter ce bâtiment qu’elle avait pourtant bâti de ses propres mains. Kara, attentive, balayait du regard chaque recoin plongé dans l’ombre.

Un grincement métallique.

Kara posa instinctivement une main devant Lena, l’arrêtant net. Un mouvement, derrière les colonnes de béton. Puis un bruit sec : le claquement d’une arme armée.

– À couvert, ordonna-t-elle en la poussant contre la voiture.

Les coups de feu éclatèrent, secs, précis. Kara sortit son arme de service, riposta, mais l’assaillant se replia aussitôt dans l’obscurité. Les échos résonnaient dans tout le parking, comme une traque.

Lena tremblait à peine, les mains crispées sur le cuir de son sac. Ses yeux cependant trahissaient la panique. Kara se plaqua contre elle pour la protéger, ses sens en alerte maximale.

– Ils savaient qu’on passerait par là, murmura Lena, la voix basse mais tremblante.

– Peu importe. Ils ne vous toucheront pas.

Un bruit de pas précipités. Kara tira Lena à sa suite, la conduisant derrière une autre voiture. Elle tendit l’oreille, respirant par à-coups.

L’ombre réapparut. Kara bondit hors de sa cachette, déclencha son taser à quelques mètres, mais l’homme esquiva et recula. Ce n’était pas un amateur.

Un deuxième coup de feu. Une vitre explosa, projetant des éclats partout. Lena lâcha un cri étouffé et Kara se retourna immédiatement vers elle. Du sang perlait à son bras, une entaille superficielle mais assez pour blanchir son visage.

– Je vous ai dit de rester à couvert ! lâcha Kara, entre colère et inquiétude.

– Vous croyez que j’ai choisi ? rétorqua Lena, la voix brisée.

Leurs regards se croisèrent dans cette urgence. Et c’est dans ce chaos que Kara vit, pour la première fois sans filtre, la peur nue dans les yeux de Lena. Pas celle qu’elle maîtrisait, pas celle qu’elle transformait en froideur. La vraie.

Alors qu’elle resserrait sa prise sur son arme, Kara comprit que protéger Lena ne serait pas seulement une mission. C’était déjà devenu bien plus.

Kara colla Lena contre la carrosserie, couvrant son corps du sien, quand une nouvelle détonation claqua. Elle leva son arme, tira deux fois. Un grognement répondit, étouffé, avant que l’ombre ne disparaisse derrière une rampe de sortie.

Le silence retomba brutalement, ponctué seulement par les halètements courts de Lena. Kara maintint encore son corps contre le sien, ses doigts crispés sur sa hanche, jusqu’à être certaine que plus aucun bruit ne menaçait.

– Ne bougez pas, murmura-t-elle.

Elle fit quelques pas, suivit les traces laissées par le sang de son adversaire, mais elles s’arrêtaient net au niveau d’une porte de service. Déjà évacué. Elle jura à voix basse.

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