Partie 2

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Les jours suivants, Kara tenta de se convaincre qu’elle avait rêvé.

Le trouble, l’attention excessive qu’elle avait portée à chaque geste de Lena, le rouge qu’elle avait senti lui monter aux joues après ce compliment à demi-voix, tout ça, ce n’était rien. Juste le stress d’un cours particulier, la pression de ne pas être ridicule devant quelqu’un d’intimidant. Voilà. Rien d’inhabituel. Rien de déroutant. Rien qu’elle ne puisse expliquer rationnellement.

Et pourtant.

Chaque soir, quand elle se couchait, Lena revenait. Sa voix d’abord, calme, nette, légèrement grave. Puis ses mains. Puis son regard. Et ce prénom prononcé sans détour, Kara, avec une clarté si douce qu’il restait suspendu dans sa mémoire comme une goutte qui n’éclate jamais.

Elle avait recommencé à rêver.

Pas des rêves explicites. Non. Mais des rêves où Lena était là, toujours à la limite. Dans un couloir flou, dans une pièce pleine de livres, dans une lumière trouble où leurs mains se frôlaient sans se saisir.

Kara se réveillait confuse, la gorge nouée. Et honteuse.

Parce que ça n’avait jamais été une femme, avant. Parce qu’elle n’avait jamais… envisagé. Ou si elle l’avait fait, c’était sans se l’avouer. De loin. Avec prudence. Comme quelque chose d’étranger, de possible mais pas pour elle.

Et maintenant, c’était là. Ce sentiment ténu, cette envie d’être regardée, approuvée. Cette joie bête quand Lena répondait à ses mails avec une phrase de plus que nécessaire. Ce battement de cœur idiot quand elle voyait son nom apparaître dans sa boîte de réception.

Elle ne voulait pas que ça lui plaise. Mais ça lui plaisait.

Et alors elle faisait ce que Kara savait faire : elle souriait. Elle se taisait. Elle tentait de rester la même. Elle relisait ses fiches comme si cela suffisait à tenir le reste à distance.

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La troisième séance eut lieu dans une salle différente, plus petite, aux murs couverts d’étagères. Kara s’installa en silence, les doigts un peu glacés.

— Tu vas bien ? demanda Lena en déposant ses affaires.

— Oui. Enfin, oui… Je crois.

— Tu crois ?

Kara baissa les yeux, rassembla ses notes. Elle aurait voulu être transparente. Invisiblement normale. Mais elle sentait bien que quelque chose avait changé dans sa façon de s’asseoir, dans le ton qu’elle prenait. Elle n’arrivait plus à jouer à l’indifférente. Pas avec Lena aussi proche.

— Juste une semaine chargée, marmonna-t-elle.

— D’accord.

Pas de sourire. Pas de soupçon. Mais encore une fois, cette manière qu’avait Lena de l’observer quand elle ne parlait pas. De la déchiffrer comme un poème dans une langue qu’elle n’aurait pas encore apprise.

Le cours commença. Kara fit tout pour suivre. Elle n’interrompit pas. Elle ne posa pas de question inutile. Mais dès que Lena se rapprochait, pour lui montrer un mot sur la feuille, pour corriger doucement la prononciation d’un terme allemand, Kara retenait son souffle.

Et quand leurs mains se frôlèrent, par accident, elle sentit son ventre se contracter. Elle n’avait pas bougé. Elle avait simplement levé les yeux, une seconde trop longue.

Lena ne s’en était pas excusée.

Elle s’était contentée de poursuivre, comme si le silence avait suffi. Comme si elle aussi, peut-être, avait senti.

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