Partie 3

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Kara était allongée sur son lit, bras replié sous sa nuque, les yeux grands ouverts.

Son carnet de notes lui reposait sur le ventre, entrouvert à une page qu’elle avait relu au moins huit fois sans rien comprendre. Elle n’arrivait pas à se concentrer. Pas ce soir.

Pas depuis… depuis Lena.

Elle ferma les yeux. Une seconde. Une minute. Elle ne savait pas. Le silence de sa chambre ne suffisait plus à éteindre ce qui la traversait.

Ce n’était pas juste de l’admiration.

Ce n’était pas juste la peur de rater.

Ce n’était pas… juste une femme, non plus.

C’était Lena. Son regard précis, trop lucide. Sa voix, calme et basse, qui effleurait les syllabes comme si tout était une énigme à résoudre. Et puis cette manière de la voir, de la lire, sans jamais poser de questions.

Kara se redressa, d’un geste brusque, comme si elle venait de tomber. Son cœur battait trop vite.

Elle ne pouvait pas. Pas maintenant. Pas comme ça.

Elle n’avait jamais été ce genre de fille à flancher pour une prof, pour une femme non plus d'ailleurs. Elle n’y avait même jamais pensé.

Mais Lena…

Elle inspira profondément. Ferma le carnet. Se leva. Fit les cent pas dans la petite pièce, pieds nus sur le tapis. Chaque pas lui donnait l’impression de traverser un territoire inconnu. Dangereux. Inavouable.

Elle secoua la tête.

— C’est rien, murmura-t-elle. Juste… un crush débile.

Elle n’en croyait pas un mot.

Mais elle n’était pas prête à se l’avouer autrement.

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Le lendemain Kara frappa deux coups brefs avant d’entrer dans la salle 12. Lena était déjà là, évidemment. Assise, concentrée sur une pile de copies, comme si rien d’extérieur n’avait jamais existé.

— Tu es pile à l’heure, constata-t-elle sans lever les yeux.

— J’ai mis un réveil pour ne pas te décevoir, tenta Kara, mi-sérieuse mi-plaisantine.

Le silence dura une seconde de trop.

Puis Lena leva enfin les yeux vers elle. Et ce regard, calme, tranchant, insondable, la traversa comme une lame posée sur la peau.

— Je ne suis pas là pour être impressionnée, Kara.

— Je sais, souffla-t-elle. C’est pas le but.

Mais elle savait que c’était un peu faux.

Elle s’installa, le cœur trop haut, les mains moites sur son carnet. Lena reprit.

Le cours s’enchaîna, méthodique. Impassible. Mais Kara, elle, ne pouvait pas empêcher ses yeux de glisser sur la main de Lena qui écrivait, sur la ligne fine de sa mâchoire, sur le pli à peine visible entre ses sourcils quand elle expliquait un point complexe.

Elle notait tout. Comme une élève parfaite.

Mais en elle, c’était la pagaille.

Elle avait besoin de comprendre. Les déclinaisons, les structures, oui. Mais surtout ce qui lui arrivait quand Lena parlait. Quand Lena la regardait. Quand Lena restait trop silencieuse entre deux phrases, comme si elle savait exactement à quel moment Kara allait se perdre.

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