Partie 3

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Kara sortit de la salle de bains un peu plus tard, les cheveux encore humides, un chemisier blanc glissé dans un jean foncé. Son visage affichait un calme maîtrisé. Un peu trop maîtrisé.

Lena pianotait sur son ordinateur portable, lunettes sur le nez, posture impeccable. Mais ses doigts tremblaient légèrement sur le clavier.

— J’ai appelé Chris, dit-elle sans lever les yeux. Il viendra nous retrouver au bureau pour le débrief du dossier Solaris.

— D’accord.

C’était tout ce que Kara répondit. Pas une objection. Pas une pique. Juste… de l’acceptation. Et ce silence-là en disait long.

Lena releva brièvement les yeux vers elle. Kara lui sourit doucement. Un sourire poli. Parfaitement cordial. Vide.

Un nœud se forma aussitôt dans le ventre de Lena.

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Ils marchèrent jusqu’à la voiture sous le ciel gris de Manille, Lena concentrée sur ses pensées, Kara observant la ville comme si elle avait besoin de se rappeler qu’il existait autre chose que la douleur de l’instant.

Dans l’ascenseur qui les menait aux bureaux, Kara se tint à bonne distance. Lena, elle, fixait les chiffres qui défilaient, le cœur battant plus vite qu’elle ne voulait l’admettre.

— Tu ne vas pas me demander ce que je voulais dire tout à l’heure ? murmura-t-elle soudain, sans la regarder.

— Non.

Lena tourna brusquement la tête vers elle.

— Pourquoi ?

— Parce que tu as dit ce que tu voulais dire, répondit Kara, sa voix douce mais ferme. Et moi… je veux respecter ça. Tu as dit que ce serait “trop vrai”, Lena. Et peut-être que ça l’est. Peut-être que c’est un problème, pour toi.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire.

— Alors il fallait le dire autrement, non ?

Les portes s’ouvrirent. Kara sortit la première, sans hâte, sans colère. Juste avec ce calme qui trahissait une déception qu’elle s’efforçait de ne pas laisser transparaître.

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Plus tard, dans la salle de réunion, Kara prenait des notes avec application tandis que Lena exposait les grandes lignes de la stratégie. Chris était arrivé, jovial, charmant, trop bruyant pour l’espace feutré. Kara lui répondit avec un professionnalisme irréprochable, trop fluide, trop parfait.

Lena, elle, ne pouvait plus se concentrer. Chaque sourire que Kara offrait à Chris lui faisait serrer les dents. Elle détestait ce sourire-là. Celui qu’elle ne lui avait pas vu depuis un peu trop longtemps. Léger. Insignifiant.

— Kara, vous avez quelque chose à ajouter ? demanda Chris.

Kara leva les yeux vers lui, puis vers Lena.

— Non. Lena a déjà très bien résumé les enjeux. Je suis là pour soutenir, pas pour prendre la lumière.

Lena eut un rire bref, presque cynique.

— Ah oui. Bien sûr. Kara Danvers… en soutien discret. Quelle idée.

Chris les regarda, un peu perdu, mais Kara ne répondit rien. Elle baissa les yeux, gribouilla distraitement dans la marge de son carnet. Un cercle. Puis un autre. Et encore un.

Lena se mordit l’intérieur de la joue, puis reprit la parole. Mais l’orage grondait sous la surface. Il fallait qu’elle lui parle. Seule. Et vite.

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