OS 20

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La première fois qu’elles ne se sont pas rencontrées

Il y avait du sable, cette nuit-là.

Un sable blanc, fin, sans plage, sans mer. Juste une lumière dorée, comme le souvenir d’un été qui n’avait jamais eu lieu.

Kara marchait pieds nus. Elle ne savait pas pourquoi. Ni où.
Il n’y avait pas de ciel. Pas vraiment. Juste une clarté tiède et silencieuse, comme si le monde retenait son souffle.

Et au loin… une silhouette.

Elle portait une robe noire qui tranchait avec tout le reste. Des cheveux relevés à moitié, à la va-vite, comme si elle s’était échappée de quelque chose. Elle se tenait immobile, les mains croisées dans le dos, le regard tourné vers un horizon inexistant.

Kara s’arrêta. Elle ne la reconnaissait pas. Mais tout en elle criait l’inverse.

— Vous attendez quelqu’un ? demanda-t-elle, la voix un peu rauque, comme après un long silence.

La femme tourna lentement la tête. Un sourire naquit, fragile, flottant, comme s’il ne savait pas encore s’il pouvait exister.

— Peut-être… vous ?

Kara sentit un frisson lui courir le long de la nuque. Ce n’était pas de la peur.

— Je m’appelle… je crois que je m’appelle Kara.

— Moi, c’est Lena. Enfin… je crois aussi.

— Vous êtes déjà venue ici ?

— Non.

— Et pourtant, vous me semblez si… familière.

Un silence.

Et puis Lena s’approcha. Lentement. Trop lentement pour que ce soit réel.
Elle s’arrêta à quelques centimètres, planta ses yeux dans ceux de Kara, et souffla comme un secret :

— Je vous ai cherchée. Partout. Toute ma vie. Sans même savoir qui vous étiez.

Kara ne dit rien. Elle n’osait plus bouger. Son cœur battait comme dans un corps qui n’était plus le sien.

Puis Lena tendit la main.

— Si c’est un rêve, je ne veux pas me réveiller tout de suite.

Leurs doigts se frôlèrent. Le sable se mit à tourbillonner.
Quelque part, très loin, une voix murmurait un nom. Peut-être Kara. Peut-être Lena.

Mais ici, il n’y avait que ce moment suspendu.

Et l’envie terrible, déchirante, de s’embrasser comme si c’était la première fois.
Ou la dernière.

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Et si elles s’étaient toujours connues

Lena ouvrit les yeux dans un appartement qu’elle ne connaissait pas.
Mais sur le mur, une photo d’elles deux souriait.
Elle, penchée vers Kara, un air moqueur au coin des lèvres. Kara, les bras croisés, une grimace faussement fâchée, mais les yeux pleins d’amour.

Elle se leva. Pieds nus. En tee-shirt noir trop large, sans doute celui de Kara.
Il flottait encore l’odeur de la nuit. Et du café, au loin.

— Tu fais toujours autant de bruit le matin, murmura-t-elle sans lever la voix.

— C’est faux, répliqua Kara, dans la cuisine, un mug dans les mains.
Juste assez bas pour ne pas déranger.
Juste assez fort pour que Lena entende l’amour dans le ton.

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