Kara n’aurait pas dû rester aussi tard. Elle se le répétait en boucle, tassée dans le canapé du loft, un mug de thé tiède oublié entre ses mains. L’appartement était silencieux, sauf les échos de sa propre culpabilité.
Lena était partie il y a une heure, sourire au coin des lèvres, après avoir parlé de James comme s’il comptait encore. Comme s’ils formaient un couple et pas deux silhouettes polies par l’habitude, sans relief, sans feu.
— Tu crois qu’elle l’aime encore ?
La voix d’Alex, par l’intermédiaire de l’écran de tablette, traversa la pièce comme un fil tendu. Kara secoua la tête, regard fixé sur les lumières de la ville.
— Je sais pas. Je crois qu’elle essaie. Mais... je sens rien quand elle en parle. Comme si elle récitait un rôle.
— Et toi, tu sens quoi ?
Un silence. Un souffle.
— Que je vais imploser.
Alex soupira. Elle connaissait ce ton-là. Celui des aveux étouffés, de ceux qu’on enterre à force de ne pas vouloir leur faire face.
— Kara. Elle n’est pas aveugle. Tu penses qu’elle flirte sans s’en rendre compte, mais peut-être que tu te mens à toi-même.
— Non, tu comprends pas. C’est... c’est Lena. Elle a ce truc. Ce regard. Cette façon de poser sa main sur mon bras quand elle rit. Elle le fait sans penser à mal. Je suis juste... un terrain sûr. Une distraction.
Elle se mordit la lèvre.
— Mais parfois... parfois je me dis qu’elle cherche à me faire craquer. Qu’elle s’amuse.
— Et toi, tu résistes ?
Kara lâcha un rire vide.
— Je me tords pour pas exploser, ouais.
Dehors, un éclair illumina brièvement les vitres. L’orage ne menaçait pas encore, mais quelque chose grondait.
Elle se revit plus tôt, lorsque Lena avait ri à une blague maladroite, s'était penchée pour attraper un dossier, sa main effleurant sa cuisse par mégarde. Kara avait figé. Elle avait senti la chaleur, le parfum discret de Lena, ce mélange de musc et de menthe, et son cœur avait battu trop vite, trop fort.
Lena s’était relevée sans s’en rendre compte. Ou peut-être que si. Peut-être que c’était ça, le pire.
— C’est pas juste, murmura Kara. Je peux pas tomber amoureuse d’elle. Je... je suis censée la protéger. Pas l’aimer.
Alex ne répondit pas tout de suite. Puis, avec douceur :
— Peut-être que c’est parce que tu l’aimes... que tu la protèges si bien.
Kara détourna les yeux. Dans la nuit, le ciel s’assombrit encore. Et en elle, le secret grandissait. Celui de Supergirl. Celui de son cœur. Lena ne savait rien.
Mais Lena souriait toujours un peu plus fort quand Kara entrait dans une pièce. Elle touchait toujours un peu plus longtemps que nécessaire. Elle regardait.
Et Kara, elle brûlait.
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Kara se demanda si elle n'avait pas encore fait une bêtise, alors qu’elle attendait devant l’ascenseur, le dossier de presse de L-Corp encore dans les mains. Mais quand Lena avait proposé qu’elle monte, “juste un moment, pour décompresser”, elle avait dit oui. Bien sûr qu’elle avait dit oui.
Elle s’était retrouvée assise sur le canapé du bureau, un verre de vin à la main, leurs genoux presque en contact, comme si rien de tout ça n’était nouveau. Et peut-être que ça ne l’était plus vraiment. Pas ces silences, pas ces regards, pas cette façon que Lena avait de s’incliner légèrement vers elle lorsqu’elle riait.
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OS SuperCorp
FanfictionCeci est un recueil d'OS plus ou moins longs, les personnages principaux resteront les mêmes, Lena et Kara. Il y a 30 OS, 150 "chapitres", c'est un peu long pour des os mais oklm, ça passe le temps.
