Partie 7

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Trois jours s'étaient écoulés. L'odeur des couloirs n'avait pas changé, ni la manière dont la lumière du matin filtrait sur les dalles pâles. Mais quelque chose, entre elles, avait glissé d'un cran. Un cran de plus.

Kara, fidèle à elle-même, n'avait rien précipité. Mais ses silences étaient devenus plus précis. Ses regards, plus longs. Et ses gestes... Lena y lisait une douceur qu'elle aurait voulu ignorer. Un soin invisible, presque coupable.

Elle avait tenu bon. Jusqu'à ce matin-là.

L'ordre était tombé à huit heures. Froid, impersonnel. Un simple transfert de responsabilité signé par le directeur. Réintégration progressive au bloc. Première intervention supervisée prévue vendredi matin, 8h30. Le ton du mail avait été presque bienveillant. Presque.

Mais elle l'avait lu comme une condamnation.

Elle avait marché sans y penser, le papier encore ouvert sur sa tablette, et s'était enfermée dans une salle de repos désertée, à deux pas du bureau de Kara.

Et puis, elle n'avait plus su respirer.

Pas d'un coup. Lentement. Comme si l'air avait changé de densité autour d'elle, goutte à goutte, jusqu'à devenir trop lourd. Ses mains tremblaient. Sa poitrine se soulevait trop vite. Elle se disait calme-toi, contrôle-toi, mais les mots n'atteignaient rien.

Elle était assise au sol, dos au mur, jambes repliées, lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir doucement.

Elle n'eut pas besoin de lever les yeux. Elle savait.

- Lena.

La voix était basse. Et terriblement calme.

- Non, souffla-t-elle sans force. Pas maintenant.

Kara referma doucement la porte derrière elle. Elle ne fit aucun bruit. Mais Lena sentit sa présence, là, juste à côté, avant même de la voir.

- Vous voulez que je parte ?

- Oui... Non... J'en sais rien. J'arrive pas à respirer.

Kara ne répondit pas. Elle s'assit au sol, à côté d'elle, sans la toucher. Juste assez près pour qu'elle sente sa chaleur.

Un long silence passa.

- C'est à cause du mail, n'est-ce pas ?

Lena ferma les yeux. Elle hocha la tête sans un mot.

- Vous ne voulez pas opérer ?

- Je ne peux pas, murmura-t-elle. Ils ne comprennent pas. Ce n'est pas une question de volonté, Kara. Ce n'est pas... quelque chose qu'on décide.

Elle tremblait à peine, mais Kara le vit. Elle le sentit, surtout.

- Alors on va respirer, dit-elle simplement.

Elle posa ses mains à plat sur ses propres genoux.

- Inspirez avec moi. Lentement.

- Docteur, arrêtez.

- Inspirez.

Un silence. Lena secoua la tête, les paupières closes. Elle détestait cette sensation. De ne plus maîtriser son corps. Elle aurait préféré hurler. Crier qu'elle n'était pas cette femme fragile qu'on devait calmer comme une enfant. Mais les larmes n'étaient pas loin. Et Kara... Kara restait là. D'une patience effrayante.

- Inspirez. Juste une fois. S'il vous plaît.

Elle obéit. Juste pour avoir la paix. L'air entra dans ses poumons, trop sec, trop peu.

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