Partie 2

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Il pleuvait doucement ce matin-là. Un murmure continu sur les vitres, presque apaisant. Kara n'avait pas encore retiré sa veste, elle venait à peine d’ouvrir son cabinet que la porte s’ouvrit, ponctuelle, comme si Lena avait attendu derrière depuis une minute entière. Elle portait une robe noire aux lignes nettes, une coupe sobre, presque austère... si ce n’était cette fente subtile au bas de la cuisse, révélée à chaque pas. Comme si chaque détail, chez elle, disait : je contrôle ce que vous regardez.

— Bonjour, docteur.

La voix était posée, calme, presque douce. Mais Kara perçut immédiatement cette inflexion. Ce docteur n’était pas neutre. Il sonnait presque comme une provocation feutrée.

— Bonjour, Lena. Vous pouvez vous installer.

Elle la regarda prendre place dans le fauteuil. Pas de lunettes de soleil aujourd’hui. Pas de téléphone visible. Lena semblait avoir décidé d’être là, entièrement. Kara s’installa face à elle, carnet en main, cette fois posé sur ses genoux.

— Comment s’est passée votre semaine ?

— Elle a été... fonctionnelle.

— C’est-à-dire ?

— Je me suis levée, j’ai signé des contrats, j’ai assisté à des réunions, j’ai pris des décisions. J’ai déjeuné seule. J’ai dormi peu. Mais tout ce que j’ai fait a produit quelque chose. Donc, fonctionnelle.

— Mais pas satisfaisante.

— Vous analysez déjà ?

— Je vous écoute. Vous m’avez donné une réponse technique. Je vous demande ce qu’elle dissimule.

Un très léger sourire fendit les lèvres de Lena. Mais elle ne répondit pas tout de suite. Elle croisa les jambes, pencha la tête sur le côté.

— Vous êtes sûre que vous ne m’avez jamais croisée avant tout ça ?

— Vous connaissez déjà la réponse.

— Dommage. J’aurais aimé croire que vous aviez choisi ce cas par intérêt personnel.

Kara conserva son calme. Elle l’avait vu venir. Elle s’était préparée à ce genre de jeu.

— Mon travail n’est pas d’avoir un intérêt personnel, Lena. C’est de vous aider à comprendre le vôtre.

Un silence. Lena battit légèrement des cils, comme si elle considérait sa prochaine phrase.

— Vous êtes plus directe que je l’imaginais.

— Vous m’imaginiez comment cette fois ?

— Plus prudente. Plus... impressionnée.

— Impressionnée par quoi ?

— Par moi.

Kara retint un sourire. Elle se pencha légèrement, sans cesser de la regarder.

— Vous vous servez souvent de ça, pas vrai ? Du fait que les gens sont intimidés par vous.

— Ce n’est pas ma faute s’ils le sont.

— Mais vous l’utilisez. Pour garder le contrôle.

— Je préfère ça au chaos.

— Pourquoi ce besoin de contrôle vous semble-t-il vital ?

Un silence, net. Kara sentit le changement. Elle avait touché un point précis, peut-être trop vite.

Mais Lena ne se déroba pas.

— Parce qu’il y a des jours où tout menace de basculer. Où une parole, un geste, un souvenir peuvent suffire. Et quand on a déjà connu le chaos, on ne veut plus jamais le retrouver.

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